Grèves et inondations: Le printemps maussade va-t-il vraiment bloquer la reprise économique?

CROISSANCE Le deuxième trimestre est marqué par des événements qui perturbent fortement l'activité économique du pays...

Nicolas Beunaiche
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Une rame de métro devant la Tour Eiffel, à Paris, alors que la Seine connaît une crue importante, le 4 juin 2016.
Une rame de métro devant la Tour Eiffel, à Paris, alors que la Seine connaît une crue importante, le 4 juin 2016. — WITT/SIPA

Le printemps maussade va-t-il réduire à néant les effets de l’embellie aperçue au premier trimestre ( 0,6 % de croissance) ? La question, que certains avaient déjà commencé à poser avec le déclenchement du mouvement de grèves contre la loi Travail, a en tout cas trouvé une nouvelle actualité avec les inondations qui ont frappé le pays ces derniers jours.

Un impact ? Oui et non, selon le gouvernement

Interrogé sur l’impact économique que pourraient avoir ces deux événements, le gouvernement a livré une réponse en deux temps. Mercredi, le Premier ministre, Manuel Valls, s’est d’abord montré alarmiste au sujet du mouvement social qui a entraîné le blocage d’une partie de l’économie française en évoquant « un sentiment de gâchis ». « Oui, ce conflit peut peser sur notre économie, au moment où l’action du gouvernement permet la reprise, la croissance et la baisse du chômage », a-t-il défendu, quelques heures avant la publication d’un sondage Tilder-LCI-OpinionWay indiquant que huit Français sur dix partageaient son analyse, tout du moins sa première partie.

Ce dimanche, Michel Sapin s’est montré quant à lui plus rassurant, alors qu’on l’interrogeait sur les conséquences économiques que devraient avoir les inondations. « Il y aura un impact pour les zones qui sont directement touchées », a déclaré le ministre des Finances, lors de l’émission Le Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro. Mais « à l’échelle du pays, je ne le pense pas, parce que c’est relativement malgré tout circonstancié, c’est dans des zones qui sont par définition relativement étroites. Donc [si] les conséquences peuvent être lourdes pour ces zones, elles ne le seront pas pour l’ensemble de l’économie française », a-t-il rapidement nuancé.

On n’est pas en 1995

Deux poids, deux mesures ? Pour l’économiste de Saxo BankChristopher Dembik, la réalité est plus simple : « Les grèves comme les inondations auront un impact sectoriel fort mais des répercussions macroéconomiques faibles. » Autrement dit, la croissance devrait à peine sentir le choc passer. « Il n’est pas impossible que l’on perde 0,1 point de PIB sur le deuxième trimestre, avance quant à lui Jean-Paul Betbèze, président du cabinet de conseil du même nom. Mais on devrait logiquement se rattraper lors des trimestres suivants… »

Si, en 1995, les grèves avaient amputé la croissance de 0,2 point, le scénario qui se joue actuellement semble bien différent, disent les deux économistes. « Malgré les blocages, les services, soit les deux tiers de notre économie, n’ont pas été touchés, la consommation n’a pas chuté et le marché financier n’a pas réagi », résume ainsi Jean-Paul Betbèze. « Le mouvement social a un impact évident sur les raffineries, le transport routier et le tourisme, mais cela ne se traduit pas en termes de points de croissance », complète Christopher Dembik.

Des « effets retard » ?

L’impact des inondations sera, lui, encore moins douloureux en termes macroéconomiques. D’abord, parce qu’une partie de la France seulement a été touchée. Ensuite en vertu de ce que Christopher Dembik appelle un « paradoxe économique ». « Ce type de catastrophe détruit évidemment des biens [les dommages sont estimés à un millliard d'euros, une somme équivalente aux inondations dans le Var en 2010 par exemple] et peut avoir des conséquences humaines terribles, mais son impact économique est compensé par le rachat de biens de remplacement », explique-t-il. Une voiture noyée, c’est une nouvelle voiture achetée, pour le dire en des termes aussi concrets que cyniques. « Pour l’économie française, ces inondations représentent une perte de deux à trois semaines, avant un rattrapage », précise Jean-Paul Betbèze, qui espère que l’Etat investira ensuite pour renforcer sa sécurité lorsque survient ce genre d’événement. « Cela pourrait alors avoir un effet positif sur la croissance », appuie-t-il.

Pas inquiet, donc, Jean-Paul Betbèze dit seulement se méfier des « effets retard ». « On a peut-être ralenti l’allure de la reprise, et ça pourrait être compliqué de faire repartir la machine… » En attendant, Emmanuel Macron, le ministre de l’Economie, a décidé d’accompagner les entreprises dans ce moment difficile. Mardi matin, il réunira à Bercy la cellule de continuité économique, qui doit étudier les conséquences des intempéries et des récents mouvements sociaux en France sur l’activité des unes et des autres.