En plein conflit sur la loi Travail, le moral des ménages se redresse

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Une rue commerçante à Marseille, le 14 février 2014
Une rue commerçante à Marseille, le 14 février 2014 — BERTRAND LANGLOIS AFP

Les grèves et les blocages se poursuivent... et le moral des Français s'améliore. En plein conflit sur la loi Travail et contre toute attente, la confiance des consommateurs s'est améliorée au mois de mai, pour atteindre son plus haut niveau depuis fin 2007.

Craintes qui s'estompent vis-à-vis du chômage, optimisme retrouvé sur le pouvoir d'achat... L'indicateur mesurant le «moral des ménages», calculé sur la base de soldes d'opinion, a gagné quatre points en un mois, pour se hisser à 98 points, selon l'Insee.

C'est «son plus haut niveau depuis octobre 2007», et donc depuis la crise financière de 2008, souligne l'institut statistique dans un communiqué. La confiance des ménages, malgré tout, se maintient en dessous de sa moyenne de longue période, qui est de 100 points, est-il précisé.

D'après l'Insee, cette amélioration tient tout autant au sentiment des ménages sur leur niveau de vie qu'à la perception qu'ils ont de l'économie française -- ces deux aspects constituant les piliers autour desquels l'organisme statistique construit ses soldes d'opinion.

En mai, l'opinion des Français sur leur situation financière future a ainsi gagné quatre points, une forte proportion de consommateurs jugeant le moment opportun (+7 points) pour faire des achats importants (immobilier, électroménager, automobile...).

Concernant le contexte économique, les ménages se montrent là aussi «nettement moins pessimistes» que par le passé, selon l'Insee. L'opinion des Français sur leur futur niveau de vie s'est ainsi fortement améliorée (+9 points), un plus grand nombre d'entre eux anticipant une baisse de l'inflation sur les trois prochains mois.

Les craintes concernant le chômage, quant à elles, ont fortement chuté, après une légère hausse le mois précédent. Le solde d'opinion sur cette question perd ainsi 28 points, et atteint son plus bas niveau depuis juin 2008, selon les experts de l'institut de statistiques.

- «Bizarreries» -

Une confirmation que «ça va mieux», malgré les turbulences sociales et politiques nées de la loi travail? «Ça confirme le diagnostic, à savoir qu'on est bel et bien dans une phase de reprise», au-delà de «l'actualité sociale», estime Mathieu Plane, économiste à l'OFCE.

«Dans l'indicateur de l'Insee, il y a un gros effet du chômage. C'est une réaction au chiffre qui a été publié au mois d'avril», qui faisait état d'une baisse de 60.000 demandeurs d'emploi en mars, souligne le chercheur.

Les chiffres de l'Insee «confirment que la demande est de retour», analyse pour sa part Ludovic Subran, chef-économiste d'Euler Hermes. «Les ménages réalisent qu'il y a un léger mieux sur leur situation financière. Ils peuvent s'endetter plus facilement, avec les faibles taux d'intérêt et ont plus de pouvoir d'achat», détaille-t-il.

Selon l'économiste, ce n'est toutefois pas «le message répété par François Hollande» qui a convaincu les Français que la France allait «mieux». «Ce sont les chiffres eux-mêmes qui s'améliorent, les uns après les autres», souligne-t-il.

L'Insee a ainsi annoncé mardi que une amélioration du climat des affaires, calculé à partir des réponses des chefs d'entreprise des principaux secteurs d'activité. Et Pôle emploi a confirmé mercredi une légère embellie sur le front du chômage, avec un recul de 19.900 demandeurs d'emploi en avril.

Est-ce à dire que les grèves n'auront pas d'impact sur la confiance des consommateurs comme sur la reprise? Pas forcément, insiste Mathieu Plane, qui invite à «prendre avec prudence» le moral des ménages, indicateur pouvant parfois «présenter des bizarreries».

Un avis partagé par Denis Ferrand, directeur général de l'institut Coe-Rexecode, qui rappelle que les réponses à l'enquête de l'Insee ont été collectées entre le 27 avril et le 18 mai... soit «avant les crispations liées au durcissement de la grève» et au «blocage des raffineries».

«L'impact du mouvement sur le moral des ménages sera sans doute visible en juin, lors de la prochaine enquête», prédit ainsi l'économiste, qui pense néanmoins que l'effet sur la croissance sera «minime»: «lors des grèves de 1995 et 2010, il était de 0,2 et 0,1 point de PIB. Ça ne devrait pas aller au-delà».