Japon: Shinzo Abe évoque au G7 le risque d'une «crise similaire à 2008»

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Le premier ministre japonais Shinzo Abe à la Chambre des conseillers, le 13 mai 2016 à Tokyo
Le premier ministre japonais Shinzo Abe à la Chambre des conseillers, le 13 mai 2016 à Tokyo — KAZUHIRO NOGI AFP

Le Premier ministre japonais, Shinzo Abe, a évoqué jeudi à l'issue du G7 le risque d'une crise économique majeure, une façon de préparer un report de hausse de TVA au Japon, juge la presse.

D'après M. Abe, les conditions de l'économie mondiale ressemblent à la «situation précédant la faillite de la banque Lehman Brothers» en 2008, qui avait entraîné une crise financière et économique internationale avec des conséquences inédites sur les entreprises japonaises, également heurtées par une envolée subséquente du yen.

Bien que l'avis du Premier ministre sur la conjoncture mondiale ne soit pas partagé par les autres dirigeants des Etats-Unis, de France, d'Allemagne, de Grande-Bretagne, du Canada et d'Italie, il assure qu'il est de son devoir de mettre en garde pour que le G7 soit prêt au cas où.

«Si nous nous trompons dans la réponse à apporter à ce danger, le monde risque de tomber dans une crise profonde», a insisté le Premier ministre, affirmant que «le G7 partageait ce sentiment d'urgence».

Durant les débats, le mot «crise» a cependant été jugé trop fort, notamment par la chancelière allemande Angela Merkel, a reconnu une personne de l'entourage de M. Abe souhaitant rester anonyme.

La directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde, a aussi démenti en marge du G7 la vision alarmiste de M. Abe, selon les propos rapportés par les médias.

Le chef du gouvernement japonais s'est pourtant voulu convaincant, présentant à l'appui de ses propos des données prouvant selon lui le danger.

«Les prix de l'énergie et des matières premières ont plongé de 55%, comme avant la chute de Lehman Brothers», a-t-il plaidé, ajoutant que les perspectives de croissance des pays riches avaient aussi été révisées maintes fois à la baisse, comme avant 2008, ou encore que l'on observait de façon similaire une fuite des capitaux des pays émergents.

Le fait que M. Abe ait parlé de «crise du niveau de Lehman Brothers» est interprété comme un signe pour justifier de différer à des jours meilleurs la hausse de TVA prévue en avril 2017. Il avait en effet dit qu'il ne changerait pas le calendrier, à moins d'un événement d'ampleur, comme une crise similaire à celle de la faillite de cette banque ou la catastrophe de mars 2011 au Japon (tsunami, accident nucléaire).

«Je n'ai pas tiré de conclusion à ce stade. Il me faut un peu plus de temps pour apporter une réponse concrète. Je clarifierai ma position avant les élections sénatoriales de cet été», a-t-il dit vendredi.

Des médias indiquent qu'il pourrait annoncer ce report dès la semaine prochaine, et que la nouvelle date de hausse de la TVA pourrait être avril 2019 (contre avril 2017 prévu pour le moment).

M. Abe a aussi insisté sur l'importance de sa politique abenomics, fondée sur le triptyque «largesses budgétaires, souplesse monétaire, réformes structurelles», le premier point n'étant pas nécessairement partagé par tous les participants du G7, l'Allemagne et la Grande-Bretagne n'étant pas d'accord sur l'augmentation des dépenses budgétaires.

«Nous allons mobiliser tous les moyens politiques pour renforcer les abenomics», a insisté M. Abe, rejetant les accusations de l'opposition sur l'échec de ses mesures.