Conflit sur l'EPR finlandais: les négociations TVO-Areva rompues

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Philippe Knoche, PDG d'Areva, lors de la présentation des résultats du groupe en 2015, à La Défense à Paris le 26 février 2016
Philippe Knoche, PDG d'Areva, lors de la présentation des résultats du groupe en 2015, à La Défense à Paris le 26 février 2016 — LIONEL BONAVENTURE AFP

L'électricien finlandais TVO a annoncé jeudi la rupture des négociations avec le géant français de l'atome Areva, dans le dossier sensible de l'EPR en construction en Finlande, dont la résolution est pourtant cruciale pour la restructuration de la filière nucléaire française.

«Nous négociions de façon positive depuis un bon moment et notre sentiment était que nous avions trouvé un terrain d'entente sur les principaux points, que nous n'étions pas loin d'un accord», a déclaré Jarmo Tanhua lors d'un entretien à Helsinki.

«C'est la raison pour laquelle nous avons été un peu surpris d'apprendre qu'un règlement ne serait pas possible» quand les négociations se sont arrêtées mi-mai, six mois après avoir été lancées, a-t-il ajouté.

«Après un processus prolongé de négociations constructives avec TVO, nous n'avons pas réussi à ce stade à conclure», a déclaré par la suite Areva à l'AFP.

«Néanmoins, de notre côté, la porte reste ouverte», a assuré le groupe nucléaire français.

Menées sous l'impulsion de l'Etat français, les discussions entre Areva et son client TVO visaient à régler à l'amiable leur contentieux au sujet du réacteur de troisième génération en construction par le groupe français et son partenaire allemand Siemens à Olkiluoto (sud-ouest de la Finlande), sous le nom de code OL3.

Les deux parties s'imputent réciproquement la responsabilité des importants retards et surcoûts du chantier, dont le coût n'est pas communiqué officiellement, et se réclament actuellement des milliards d'euros d'indemnités (3,52 milliards pour Areva et 2,6 milliards pour TVO).

Le temps presse pour résoudre ce litige, car il freine une opération clé de la restructuration de la filière nucléaire tricolore engagée par Paris en raison des lourdes difficultés rencontrées par Areva, dont l'Etat français est l'actionnaire principal.

Sa résolution a en effet été posée comme préalable par EDF à la reprise de la branche réacteurs d'Areva, Areva NP, et donc au dépot d'une offre ferme de rachat d'une participation majoritaire dans celle ci.

Lui-même confronté à d'importants défis et un mur d'investissements à venir, l'électricien public refuse d'assumer le risque financier lié à OL3, censé entrer en service fin 2018, avec neuf ans de retard sur le calendrier initial.

«Notre priorité est de mener à bien la cession des activités d'Areva NP dans des modalités qui tiendront compte de cette situation», a d'ailleurs confirmé jeudi Areva.

Le ministre français de l'Economie Emmanuel Macron espérait un règlement déjà début avril, après avoir donné un mois aux parties en présence, en janvier, pour résoudre leur différend.

«L'annonce qu'un règlement était impossible est venue de France» cette semaine, a pourtant accusé M. Tanhua, alors que selon lui «un accord de principe» avait été trouvé sur les indemnités.

EDF n'a pas fait de commentaire et le ministère français des Finances était injoignable jeudi après-midi.

L'électricien finlandais affirme également qu'il avait accepté que le nouvel Areva (Areva SA), après cession prévue de l'activité réacteurs dans le cadre du plan de sauvetage du français, reprenne la responsabilité du chantier à Areva NP qui avait signé en 2003.

«Pour nous, ce qui compte c'est qu'il y ait le savoir-faire nécessaire pour terminer le chantier (...). Le nom de l'entreprise qui honorera les engagements (d'Areva) n'est pas essentiel», a souligné M. Tanhua.

Le dossier OL3 entrave la restructuration d'Areva, son règlement ayant été posé comme préalable par EDF pour déposer une offre ferme de rachat de la majorité de la branche réacteurs, l'électricien ne voulant pas assumer les risques associés à l'EPR finlandais.