Grève dans les centrales nucléaires: Faut-il craindre des coupures d'électricité?

ENERGIE Les syndicats des secteurs électriques et gaziers appellent à faire grève jeudi contre le projet de loi Travail...

Laure Cometti

— 

La centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine (Aube), le 5 décembre 2011.
La centrale nucléaire de Nogent-sur-Seine (Aube), le 5 décembre 2011. — FRANCOIS NASCIMBENI / AFP

Après le carburant, le courant. Les secteurs de l’électricité et du gaz sont entrés dans le mouvement social contre le projet de loi Travail, à l’appel de la CGT-FNME (Fédération Nationale des Mines et de l’Energie). Les personnels des 19 centrales nucléaires françaises ont ainsi voté la grève pour ce jeudi, a déclaré Marie-Claire Cailletaud, porte-parole de la CGT-FNME. Le syndicat prédit notamment des « baisses de charge » dans les centrales nucléaires. Faut-il pour autant s’attendre à des coupures de courant dans les foyers français ?

>> Grèves, blocages... Suivez les événements en direct

Le mouvement de grève va-t-il être suivi dans le secteur de l’énergie ?

La CGT-Energie, syndicat majoritaire chez EDF SA qui exploite les 19 centrales nucléaires de l’Hexagone, a déposé un préavis de grève pour jeudi, huitième journée d’action nationale contre le projet de loi Travail. La fédération FO Energie et Mines a également demandé à ses syndicats « de mettre en débat les modalités d’action avec notamment la reprise en main de l’outil de travail ». Mais la CGC, deuxième syndicat de l’électricien n’appelle pas à organiser de baisses de production.

Côté production, la section Centre de la CGT Mines Energie a appelé à la grève dès ce mercredi soir dans les quatre centrales de la région.

La plus puissante centrale nucléaire de France (et deuxième en Europe), à Gravelines (Nord), devrait elle aussi s’arrêter jeudi. La CGT, syndicat majoritaire sur ce site qui compte six réacteurs, a voté ce mercredi l’arrêt de la production et le blocage pour le 26 mai, dès 6h du matin.

Ce mercredi, une centrale nucléaire était déjà affectée. A Nogent-sur-Seine (Aube), « il a été décidé d’un blocage du site et d’une baisse de charges lors d’une assemblée générale du personnel », a indiqué mardi à l’AFP, Arnaud Pacot, secrétaire général CGT-Energie Aube. Un des deux réacteurs est à l’arrêt depuis mardi « en raison d’un problème technique » et « on fera en sorte de ne pas le redémarrer », a-t-il expliqué. EDF a confirmé à 20 Minutes que des salariés s’opposaient ce mercredi au redémarrage d’un réacteur qui était à l’arrêt pour des raisons techniques depuis lundi soir.

Toutefois, les perturbations dans les centrales n’ont pas forcément d’impact sur la production d’électricité. L’électricien rappelle que lors de la grève du 31 mars dernier, marquée par un taux de gréviste de 17 %, la production avait pu être assurée malgré les baisses de charge. Mais l’appel à la grève concerne aussi les réseaux de distribution d’énergie.

Y a-t-il déjà eu des coupures ?

S’il y a déjà eu des perturbations sur le réseau électrique mardi, ce n’est pas à cause de perturbations au niveau de la production. Des agents du Réseau de transport d’électricité (RTE) ont occupé mardi des postes de transformations électriques et coupé certaines lignes de haute tension à Marseille et à Nantes. Cela a entraîné une coupure d’électricité de moins de dix minutes dans des foyers de la banlieue nantaise, indique le RTE, qui gère l’offre et la demande d’électricité en France.

Contacté par 20 Minutes, le RTE a également confirmé que des actions similaires ont eu lieu mardi à Toulouse et à Saint-Etienne. L’organisme se dit « très vigilant face à l’évolution de la situation » mais reste confiant. La mise hors tension de certaines lignes par des grévistes n’a à ce jour pas eu d’impact majeur sur les usagers grâce à l’intervention rapide des équipes d’astreinte. Mais si les actions devaient se multiplier, RTE aurait-il les moyens de réagir rapidement pour éviter les coupures ?

Faut-il en craindre jeudi ?

« Les baisses de charge pourraient être plus importantes jeudi », a prévenu la CGT-FNME. « Il y a un an et demi, lors d’une grève contre l’évolution du tarif agent, nous avions baissé la production de 20.000 mégawatts, l’équivalent de 20 réacteurs », indique à 20 Minutes Laurent Langlard, porte-parole de la CGT-FNME. La France compte au total 58 réacteurs répartis sur 19 sites qui fournissent environ 76 % de l’énergie produite en France.

EDF affirme de son côté qu’une baisse de production sur certains sites peut être compensée par une hausse sur d’autres centrales ou dans le secteur hydraulique ou thermique. Les interconnexions permettent également d’importer de l’électricité depuis des pays voisins, ajoute le RTE. Et ce, « sans surcoût majeur par rapport à la production domestique car les prix européens sont actuellement plus bas que les tarifs fixés en France », précise Raphaël Homayoun Boroumand, expert du secteur de l’énergie.


Create pie charts

Pour autant, le risque de coupures de courant n’est pas totalement écarté selon l’économiste. « Excepté le secteur hydraulique, qui représente 10 % de la production nationale, l’électricité ne se stocke pas. Une inadéquation entre l’offre et la demande à un instant t peut donc entraîner des coupures ».

« En cas de baisse de la production, ce sont en priorité de gros industriels qui sont déconnectés, en échange de tarifs préférentiels. Nous souhaitons peser sur l’entreprise et l’Etat, mais pas sur les usagers », tempère Laurent Langlard de la CGT-FNME. « Ce sera autant de dividendes que l’Etat n’aura pas ».