Raffinage: la filière française résiste aux grèves mais pas à la panique des consommateurs

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Des personnes tentent de faire le plein de leur véhicule à Combourg près de Rennes, le 24 mai 2016
Des personnes tentent de faire le plein de leur véhicule à Combourg près de Rennes, le 24 mai 2016 — DAMIEN MEYER AFP

La filière française du raffinage et de la distribution de produits pétroliers, rouage essentiel au bon fonctionnement du pays, est une mécanique bien huilée mais qui peut vite se gripper en cas de peur de la pénurie de la part du consommateur.

- Trois jours pour arrêter un site

Le nombre des installations de raffinage en métropole (huit) a été divisé par trois depuis les années 1970. Ces fermetures ne permettent pas de provoquer un blocage de la France plus facilement, du moins «tant que le gouvernement a une attitude de fermeté» face aux grévistes et débloque des sites, estime Francis Duseux, le président de l'Union française des industries pétrolières (Ufip).

En revanche, le regroupement d'activités de raffinage et de pétrochimie sur un même site, comme celui de Total près du Havre, décidé pour améliorer la compétitivité, représente potentiellement un risque accru de difficultés de bon fonctionnement.

«Ca complique un peu les choses, j'ai vu des situations où côté pétrole la grève n'est pas votée mais côté chimie on veut faire la grève», souligne Francis Duseux.

Il faut en principe trois jours pour arrêter les installations d'une raffinerie et autant de temps ensuite pour les relancer, «voire quatre, cinq jours dans les raffineries très complexes», selon Francis Duseux.

«On fait très attention d'éviter la catastrophe d'un arrêt brutal, car on veut protéger l'outil de travail et ne pas provoquer des feux ou des fuites», affirme-t-il.

- Stocks et importations

Cependant même un blocage total des huit raffineries de pétrole françaises n'entrainerait pas automatiquement une fin de l'approvisionnement, grâce à l'utilisation des stocks de réserve détenus par l'Etat et aux importations comme cela avait été le cas en octobre 2010.

«Tous les opérateurs présents en France ont de grosses raffineries très performantes au Benelux et au Moyen-Orient, donc dans le pire des cas, si la grève devait durer, on pourrait quand même assez facilement importer, à condition que les ports ne soient pas bloqués», assure le patron de l'Ufip.

- Demande triplée

«On a bien travaillé hier (lundi) du point de vue du réapprovisionnement des stations-services, mais on est toujours face à une demande qui est trois fois supérieure à la normale», affirme le président de l'Ufip.

«Les gens font leur plein car ils sont inquiets, donc ça contribue à tendre le système», ajoute-t-il.

La France est de plus devenue un des pays les plus pauvres en termes de stations-service, et cette raréfaction crée un accroissement d'activité pour les autres en cas de crise.

«Même si on a autorisé, et c'est une bonne chose, les poids lourds à rouler dans le grand ouest dimanche, il y avait deux soucis: les dépôts ferment d'habitude dès samedi matin le week-end et les chauffeurs livreurs ont un quota d'heures à respecter dans la semaine», indique Francis Pousse, le président des propriétaires exploitants de stations-service du CNPA, qui représente 5.900 indépendants.

«Une journée et demie sans réapprovisionnement avec des ventes un peu exceptionnelles occasionnent beaucoup de ruptures le lundi matin et après toute une inertie pour relivrer tous ces points de vente», explique-t-il.

- Stations-service en péril

Malgré l'agitation aux pompes, le prix du carburant à la pompe ne devrait pas pâtir fortement de la contestation de la loi El Khomri.

Selon Francis Pousse, «la seule répercussion possible ce sont des coûts de livraison plus importants que d'ordinaire», de quelques centimes, dans l'éventualité ou il faille aller chercher le carburant dans des dépôts plus éloignées. Mais avec une marge moyenne de 4 centimes au litre, les exploitants indépendants ne pourraient pas longtemps supporter cette hausse.

Et plus largement ce mouvement social peut «mettre en péril certaines stations de nos adhérents, qui ne vivent que du carburant et des services associés», le personnel courant «le risque de se retrouver au chômage technique», déplore-t-il.