«Les heures supp défiscalisées créeront à tout casser 50.000 emplois»

ECONOMIE Henri Sterdinyak, économiste à l’OFCE...

Propos recueillis par Catherine Fournier

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Henri Sterdinyak, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques, relativise la portée de la réforme des heures supplémentaires défiscalisées, entrée en vigueur ce lundi 1er octobre.

Actuellement, un peu plus de 5 millions de salariés effectuent des heures supplémentaires en France. Pensez-vous que la réforme va faire exploser ce chiffre?


Absolument pas. Il ne faut pas oublier que les employeurs restent décideurs en la matière et cela m’étonnerait qu’ils aient recours à un dispositif qui n’est pas très rentable pour eux. Les entreprises de plus de 20 salariés gagnent 50 centimes d’euro et celles de moins de 20 salariés 1,50. Et encore, il ne faut pas que le salaire dépasse 1,28 smic, sinon l’entreprise est perdante. La réforme, par contre, provoquera peut-être des tensions entre la hiérarchie et les salariés, qui risquent de réclamer des heures supplémentaires.

Si les entreprises sont perdantes, les salariés, eux, sont tout de même gagnants?

Ceux qui faisaient déjà des heures supplémentaires, oui. Avec la réforme, on estime à 4,2 milliards le surplus pour les ménages concernés, soit un gain de 0,3% sur le PIB. Ce qui peut déboucher sur la création de 50.000 emplois à tout casser. Après, nous n’avons aucune visibilité sur le bénéfice de la mesure. Mais cela m’étonnerait que les entreprises se ruent dessus et créent ainsi la croissance escomptée.

Comment sera comblé, alors, le manque à gagner de 5,5 milliards d’euros pour l’Etat?

C’est la grande question. Le gouvernement mise sur une relance de la croissance, via une augmentation du pouvoir d’achat, mais rien n’est moins sûr. Deux solutions s’offrent alors à lui: creuser le déficit de l’Etat ou financer les heures supp défiscalisées par l’augmentation d’un autre impôt...