Mais qu'ont-ils tous à lancer des applis de rencontre?

DATING Le marché de la rencontre a beau être ultra-bouché, pas une semaine ne se passe sans qu'une appli ne voie le jour...

Nicolas Beunaiche
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Utilisation de l'application Tinder, sur smartphone
Utilisation de l'application Tinder, sur smartphone — ROBIN UTRECHT/SIPA/1507191530

A chaque semaine son appli de dating. Attirés par le succès de Tinder et Happn, les experts autoproclamés de la rencontre en ligne n’en finissent plus de lancer leur propre concept. Aujourd’hui, plus de 2.000 sites et applis se partageraient déjà le cœur des célibataires en France, selon un décompte de la Cnil. Deux mille. Un chiffre qui devrait effrayer n’importe quel entrant sur le marché… et qui pourtant n’a l’air de dissuader personne. Pourquoi ? 20 Minutes a posé la question à des entrepreneurs qui ont tenté leur chance.

Elsa Pia-Fargue vient par exemple de lancer avec une amie ReelMe, une appli dont la particularité est de remplacer votre photo de profil par une vidéo de dix secondes. Et elle croit dur comme fer à son idée pour se démarquer de la concurrence. A tel point qu’elle n’a pas hésité à quitter son travail de directrice de casting et à demander à son entourage de la soutenir financièrement. Quelques milliers d’euros, selon nos estimations fondées sur les données de combiencoutemonapp.com. Une somme non négligeable, mais qui reste raisonnable quand on crée son entreprise. « Il n’y a quasiment pas de barrière à l’entrée du marché du dating, confirme  la sociologue Catherine Lejealle, qui enseigne à l’ISC Paris. Tout entrepreneur ou presque peut donc s’y lancer, en théorie. »

« La rencontre, c’est un besoin primaire »

Comme Elsa Pia-Fargue, les entrepreneurs qui créent leur appli ont par ailleurs bien compris que le dating était un marché porteur - on recense tout de même 300.000 rencontres physiques par jour permises par les sites et applis - grâce auquel il y a de l’argent à se faire, sans risque de voir son activité chuter. « La rencontre, c’est un besoin primaire », résume Sacha Lazimi, dont la première création d’appli de dating remonte à début 2015. Sans compter que « les nouvelles plateformes génèrent sans cesse de nouveaux usages », ajoute Kamel Zeroual, mentor au sein de l’incubateur de startups parisien 50Partners. Et donc de nouvelles opportunités pour les inventeurs.

On est pourtant en droit de se demander si les néoentrants sur le marché ont toujours bien envisagé les difficultés qu’ils allaient rencontrer. Car en matière de dating, « les jeunes sont dans une logique de snacking, avertit Catherine Lejealle. Ils profitent du modèle freemium des applis pour les tester et zapper celles qui ne retiennent pas leur attention. » Or pour sortir du lot, il ne suffit pas d’avoir trouvé une idée, aussi géniale soit-elle. « Il faut surtout se faire connaître par le référencement, la com', le digital marketing », assure la chercheuse. Ce qui coûte bien plus cher que de lancer une appli sur l’AppStore.

« Des mecs dans un garage »

Jean Meyer, qui a lancé l’appli de slow-dating Once en 2015, enfonce le clou : « Aujourd’hui, 99 % des applis sont créées par des mecs dans un garage… Ils espèrent tous refaire le coup de Meetic, sans forcément avoir les moyens de leurs ambitions. » Et le jeune entrepreneur de marteler : « Pour réussir, il faut en effet beaucoup de marketing et de RP [relations publiques]. Si vous avez du capital, vous pouvez tuer la concurrence. »

Sacha Lazimi et ses trois associés ingénieurs l’ont d’ailleurs appris à leurs dépens. Car avant Once, eux aussi ont eu l’idée d’une appli proposant une rencontre par jour à ses abonnés célibataires : Twelve. « La différence entre Once et nous, c’est qu’eux ont fait de la pub, analyse-t-il avec le recul. Leur appli a décollé, pas la nôtre. » Alors, pour leur nouveau projet, Yellow, les quatre hommes ont décidé de revoir leur méthode. « Cette fois, nous sommes partis d’un besoin, celui des utilisateurs de Snapchat de flirter et de se faire de nouvelles connaissances, pour lui apporter une réponse », explique-t-il. Une logique qui a leur a ouvert les portes d’un sous-marché encore jamais exploré, ainsi que celles du Numa, un incubateur parisien qui a reconnu « la pertinence de son analyse du marché ». En quelques mois, l’appli a été téléchargée environ 500.000 fois, sans aucun budget pub.

La preuve qu’avec de l’imagination, il est aussi possible de se faire remarquer, même quand on n’est pas un gros poisson. Pour autant, Sacha Lazimi ne pavoise pas, car il se sait encore loin du compte : « Si l’on veut monétiser un jour notre appli, il nous faudra des millions d’utilisateurs. » Sans parler de rentabilité… Le Graal qu’une petite poignée seulement d’applis ont atteint. Et Jean Meyer de théoriser : « Pour tout le monde, la problématique de la monétisation se pose forcément rapidement. Les applis ont l’obligation d’être gratuites pour rester cool, mais à terme, il faut trouver un moyen de gagner de l’argent. » Surtout quand on n’a pas quelques millions à la banque ou un grand groupe derrière soi. Aujourd’hui, rappelle-t-il, « 99 % des applis ne sont pas rentables ».