Les investisseurs étrangers préfèrent l’Allemagne et le Royaume-Uni à la France

ATTRACTIVITE En 2015, les implantations étrangères ont progressé de 9 % en Allemagne et de 20 % au Royaume-Uni alors qu’elles ont reculé de 2 % en France, révèle le baromètre du cabinet E & Y…

Céline Boff

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Le drapeau français sous l'Arc de Triomphe à Paris
Le drapeau français sous l'Arc de Triomphe à Paris — PHILIPPE WOJAZER POOL

Ça ne va pas mieux. Au contraire : l’an dernier, la France a attiré 598 projets d’investisseurs étrangers, soit un recul de 2 % par rapport à 2014, révèle ce mardi le baromètre de l’attractivité des pays réalisé par le cabinet E & Y.

Si l’inflexion est légère, « elle est perturbante pour deux raisons », souligne Marc Lhermitte, associé chez E & Y. « D’abord parce qu’elle s’inscrit dans un contexte de forte croissance des investissements étrangers en Europe : ils ont progressé de 14 % l’an dernier, avec 5.083 nouvelles implantations, un record depuis que nous avons lancé notre baromètre en 1997. Ensuite, parce que la France est le seul pays européen à enregistrer une baisse de ces projets. »

« La France était devenue une terre de promesses »

Contrairement à ses voisins, la France n’a pas su tirer son épingle du jeu dans un contexte pourtant redevenu très favorable au Vieux continent. Le ralentissement de la croissance chez les émergents, la baisse des prix du pétrole et la parité euro-dollar ont en effet incité les investisseurs à reconsidérer l’Europe, cette « valeur refuge ». Mais ils ont surtout été attirés par l’Allemagne (+9 % avec 946 implantations en 2015 contre 870 en 2014) et encore davantage par le Royaume-Uni (+20 %, avec 1.065 projets en 2015 contre 887 en 2014).

Et pourquoi pas par la France ? Marc Lhermitte met en avant « la déception » des investisseurs internationaux – « la France était devenue une terre de promesses après le rapport Gallois, mais ils estiment que la volonté de relancer la compétitivité du site France s’est peu concrétisée ».

Malgré le Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), le Pacte de compétitivité, les mesures de soutien aux PME ? « Les trois quarts des décideurs internationaux continuent de penser que la fiscalité française est peu ou pas du tout attractive et que le coût du travail est trop élevé », répond Marc Lhermitte. Et d’ajouter : « Ce n’est pas forcément la réalité, mais c’est la perception qu’ils en ont ».

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Le problème, comme le rappelle l’expert, c’est que la France est en concurrence avec l’Allemagne, terre de l’exportation, et le Royaume-Uni, capitale de la finance. « Ces atouts justifieraient un coût du travail moins élevé en France », ajoute Marc Lhermitte.

Les investisseurs ont d’ailleurs été particulièrement séduits par la flexibilité (ou la précarité, c’est selon) offerte par les contrats britanniques dits « zéro heure ». Et la menace du Brexit ? « Pour l’instant, elle ne les décourage pas. Mais cela peut évoluer : notre enquête a été réalisée en février 2016 et elle recense les annonces, il est donc possible que certaines ne se concrétisent pas », répond l’associé.

Si la France a dû mal à se vendre, elle y parvient malgré tout. Il ne faut pas noircir le tableau : l’Hexagone reste le troisième pays européen attirant le plus d’investisseurs étrangers. Ces derniers sont notamment séduits par ses infrastructures, la qualité de sa main-d’œuvre ou encore son soutien à la recherche et à l’innovation.

Et si la France a attiré moins de projets l’an dernier, ceux-ci ont été plus créateurs d’emplois avec 13.639 nouveaux postes contre 12.579 en 2014, soit une hausse de +8 %. La France reste par ailleurs le pays qui accueille le plus de projets d’usines en Europe (212, contre 183 pour le Royaume-Uni et 142 pour l’Allemagne).

« La French tech, ça fonctionne ! »

Et elle dispose même d’une nouvelle carte, selon Marc Lhermitte : son industrie numérique (e-commerce, conception et intégration de logiciels, projets informatiques, etc.) : « Pour la première fois, les investisseurs ont évoqué les start-up françaises. La France est désormais identifiée comme un territoire favorable à ce type d’activité. La French tech, ça fonctionne ! ». Paris figure même au 5e rang des métropoles jugées capables de faire naître le prochain Google, après la Silicon Valley, New York, Shanghai et Londres.

Autre élément favorable : la cote d’attractivité du pays progresse. En effet, 80 % des dirigeants étrangers se déclarent « plutôt » ou « très » satisfaits de la France, soit +12 points par rapport à 2014. « Sans doute parce que sa communication est moins clivante – elle est passée d’un marketing très guerrier avec Arnaud Montebourg à une image plus positive avec Emmanuel Macron. Et puis, les investisseurs font probablement preuve d’empathie avec cette France touchée par deux fois par les attentats en 2015 », analyse Marc Lhermitte.

Ils ne semblent pas pour autant prêts à sauter le pas : moins d’un quart envisage des projets dans le pays en 2016 (-11 points). Si le french bashing perd du terrain, la France continue de susciter plus d’affection que d’adhésion.

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