Illustration sur un marché.
Illustration sur un marché. — Alexandre GELEBART/REA

CONSOMMATION

Marchés vs grande distribution: Qui offre les meilleurs produits et les meilleurs prix?

« 20 Minutes » a cherché à savoir qui remporte le match de la qualité et du prix entre les marchés et la grande distribution...

« J’aime mon marché ». C’est le leitmotiv de la Fête internationale des marchés qui se tient jusqu’au 29 mai un peu partout en France comme dans le monde. Si les « marchés de plein vent », selon le terme consacré, ont la cote, la mérite-t-il vraiment ? 20 Minutes a mené l’enquête.

Idée reçue n°1 : Les produits du marché sont meilleurs

« Les produits vendus sur les marchés peuvent être bien meilleurs que ceux proposés par la grande distribution, mais ils peuvent être bien pires. La qualité est plus homogène dans la grande distribution », lance Antoine de Raymond, sociologue à l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) et auteur de l’ouvrage En toute saison. Le marché des fruits et légumes en France, publié aux éditions PUR.

« Les marchés, surtout ceux des grandes villes, sont de plus en plus composés de revendeurs qui se fournissent généralement dans les marchés de gros, comme celui de Rungis à Paris. Rungis, ce n’est pas le diable, on y trouve de très bons produits, mais également des marchandises d’une qualité similaire à celle proposée par la grande distribution. Dans ce cas, acheter sur le marché n’apporte aucun avantage en termes gustatifs », complète l’économiste Christian Jacquiau, spécialiste du commerce. Et s’approvisionner chez un agriculteur qui vend en direct sur le marché n’est pas non plus une garantie de qualité « puisqu’il peut très bien produire de manière intensive, en recourant massivement aux pesticides ».

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Alors, comment être sûr d’acheter vraiment meilleur ? « En prenant le temps de faire le tour du marché, de regarder les produits et leurs prix, de parler avec les commerçants mais aussi avec les clients. Il faut poser des questions et les bonnes », répond Antoine de Raymond, qui insiste : « Le marché est une meilleure place pour accéder à la qualité, mais il requiert des efforts et des connaissances ».

Idée reçue n°2 : Les produits du marché sont plus frais

« C’est vrai. D’ailleurs, si les marchés perdaient cet atout, ils perdraient tout puisque les consommateurs viennent avant tout pour la fraîcheur des produits », explique Yuna Chiffoleau, chercheuse à l’Inra et spécialiste des circuits courts alimentaires.

Christian Jacquiau approuve : « Les produits sont plus frais sur le marché car ils sont toujours achetés du matin : un revendeur ne ramène jamais de produits, il ne stocke pas ». Contrairement à la grande distribution « où les fruits et les légumes peuvent être conservés au froid pendant 8 à 15 jours, voire plus, ce qui leur fait d’ailleurs perdre des vitamines et donc de la qualité nutritive », ajoute Yuna Chiffoleau.

Idée reçue n°3 : Le marché privilégie les circuits courts

Pas forcément. Côté grande distribution, les enseignes cherchent de plus en plus à nouer des partenariats avec des producteurs locaux. Côté marchés, certains revendeurs s’approvisionnent directement chez les producteurs ou privilégient le local lorsqu’ils achètent dans des marchés de gros mais ce n’est bien sûr pas une règle. De même, certains agriculteurs vendent sur les marchés leur production, mais également des produits qu’ils peuvent avoir achetés en circuits courts ou en circuits longs… « Tout cela est difficilement lisible pour le consommateur et c’est bien le problème », réagit Yuna Chiffoleau.

Cette chercheuse a lancé en 2010 une expérimentation sur le marché de la Ville de Grabels (Héraut), baptisée « Ici, c’est local », en partenariat avec la municipalité. « Nous apposons directement sur les produits des étiquettes de couleur. Elle est verte si le produit est vendu en direct, orange s’il est issu d’un circuit court et violette si le circuit est plus long ». Ce système, très apprécié des clients, commence à se diffuser dans une vingtaine de communes françaises. « Mais ce n’est pas facile : la résistance est très forte chez certains agriculteurs et commerçants qui n’ont rien à gagner avec la transparence, au contraire », explique Yuna Chiffoleau.

La difficulté réside aussi dans la définition des termes : « Filière courte ne veut pas dire locale : un circuit court, c’est lorsqu’il y a un seul intermédiaire entre le producteur et le consommateur », poursuit l’experte. « Et puis, il n’est pas possible de s’approvisionner toujours localement, sinon, les Bretons ne mangeraient jamais de pêches et les Français, jamais d’oranges », ajoute Christian Jacquiau.

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Idée reçue n°4 : Le marché permet de réaliser des économies

« Les enquêtes prouvent que les consommateurs qui ne font jamais le marché pensent que les prix y sont plus élevés, ce qui n’est pas vrai. Pour autant, ils ne sont pas forcément moins chers, tout dépend des catégories de produit et des saisons », indique Yuna Chiffoleau. « Si la grande distribution propose des prix très attractifs sur le porc industriel et le bœuf de race laitière, le bœuf de race à viande et le poulet fermier y seront plus onéreux que sur les marchés. Pour les fruits et légumes, ceux de pleine saison seront toujours moins chers sur les marchés. »

Les prix sont également variables d’un marché à un autre, « les commerçants s’adaptant logiquement au bassin de vie où ils s’installent », avance Christian Jacquiau. Mais attention avec les places réputées très bon marché : « Il n’y a pas de cadeau dans le commerce : si les prix sont très bas, c’est que les produits sont très mauvais, très traités chimiquement », précise l’économiste. Qui ajoute : « Les revendeurs ne repartant jamais avec leurs produits, les prix vont baisser au fil de la matinée. Les meilleures affaires se réalisent donc en fin de marché. »

Idée reçue n°5 : Le marché rémunère mieux les agriculteurs

Cela dépend : « Un agriculteur vendra sa salade 30 centimes à la grande distribution, au même prix à un revendeur en circuit long, autour de 40 centimes à un revendeur en circuit court, et autour de 80 centimes s’il vend en direct sur le marché », détaille Yuna Chiffoleau.

Toutefois, comme le souligne Antoine de Raymond, « la grande distribution noue de plus en plus de partenariats locaux, notamment sur des produits de qualité, et les agriculteurs peuvent alors vendre leurs produits à des prix relativement bons. Mais cela reste marginal : il est très difficile de vendre aux enseignes, la compétition étant internationale. »

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