Quel est le problème avec le billet de 500 euros?

FINANCES La Banque centrale européenne (BCE) doit décider ce mercredi du sort de cette grosse coupure, accusée de bien des maux...

Delphine Bancaud

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un billet de 500 euros
un billet de 500 euros — AUBERT/SIPA

Va-t-il trépasser ? La Banque centrale européenne (BCE) doit décider mercredi du sort du billet de 500 euros, dont l’éventuelle disparition suscite le débat. 20 minutes rappelle les raisons pour lesquelles l’éventuelle disparition de ce fameux billet de couleur pourpre et légèrement plus grand que ses petits frères fait débat.

Il est accusé de favoriser le blanchiment

Dans la zone euro, le billet de 500 représente un tiers des espèces en circulation (en valeur, pas en nombre de billets). Soit 50 % de plus qu’il y a 10 ans. Le billet de 500 euros est taxé de faire le jeu des trafiquants de tout poil. Ces derniers peuvent transporter discrètement d’énormes montants, ce qui facilite au final la circulation d’argent sale. Exemple : 20 billets de 500 euros (soit 10.000 euros) peuvent tenir dans une simple enveloppe de 3 millimètres. « Le billet de 500 euros est plus utilisé pour dissimuler que pour acheter », avait d’ailleurs affirmé mi-février le ministre français des Finances, Michel Sapin. Autre conséquence : ces billets servent à la corruption et au financement d’activités illégales, notamment le terrorisme. Les billets de 500 euros sont d’ailleurs surnommés les «  Ben Laden ». Or, l’Union européenne s’est engagée à renforcer son action de lutte contre le financement du terrorisme, sous pression notamment de la France.

Le directeur de l’Office européen de lutte anti-fraude (OLAF), l’Italien Giovanni Kessler, qui enquêtait auparavant en tant que procureur sur la mafia dans son pays, s’est prononcé en faveur de son retrait. Tout comme le ministre espagnol de l’Economie, Luis de Guindos, qui a lui aussi plaidé pour sa suppression : « Il serait nécessaire de retirer le billet de 500 euros dans le cadre de notre engagement contre le blanchiment de l’argent sale et la lutte contre le terrorisme ».

Peu de commerçants l’acceptent

Selon Michel Sapin, cette grosse coupure sert « plus à faciliter des transactions qui ne sont pas honnêtes qu’à permettre à vous et moi d’acheter de quoi se nourrir ». De fait, peu d’Européens utilisent cette grosse coupure et d’ailleurs 56 % des d’entre eux n’en ont jamais vu selon la BCE.

Certains pays y tiennent mordicus

C’est le cas de l’Allemagne et de l’Autriche, très attachés aux espèces, qui se sont offusqués de son éventuelle disparition. Ces deux pays craignent que cette décision ne soit qu’une première étape vers la disparition totale de l’argent physique et l’avènement d’une société surveillée où toute transaction financière serait exposée au regard indiscret des autorités. Les Allemands ont notamment la réputation d’acheter leurs voitures avec des billets de 500 euros. C’est d’ailleurs sous la pression de l’Allemagne, au moment de la naissance de l’euro, que cette grosse coupure avait vu le jour, afin de remplacer une coupure de 1.000 deutschmarks de valeur à peu près équivalente.

Le journal Bild est d’ailleurs parti en croisade pour conserver cette grosse coupure.

Quelles seraient les conséquences de sa disparition ?

Pour la BCE, la suppression du billet de 500 euros aurait un effet secondaire bénéfique. En limitant la possibilité de thésauriser de larges sommes sur de petits espaces, elle pourrait stimuler la circulation de l’argent en zone euro, et donner un coup de pouce à la dynamique des prix, atone, que l’institution s’efforce par tous les moyens de faire repartir.

Plusieurs experts ont émis des réserves sur l’efficacité de la mesure dans la lutte contre la criminalité. « Les représentants du crime organisé ne sont pas idiots, le blanchiment d’argent se fait depuis longtemps essentiellement par le biais d’entreprises fictives, et de manière dématérialisée », déclarait ainsi récemment dans la presse Friedrich Schneider, expert en économie souterraine de l’Université de Linz en Autriche.

Si la suppression des billets de 500 euros est actée, elle ne se traduira par sur le terrain par une suppression directe de ces 590 millions de coupures. Les banques vont les récupérer au fur et à mesure et ils ne seront plus imprimés.

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