Croissance en hausse: Pourquoi nous ne pouvons (toujours pas) parler de reprise

CONJONCTURE Les indicateurs sont au vert et pourtant, ils ne permettent pas d’évoquer une reprise. L'explication en quatre points...

Céline Boff

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Le chef de l'Etat François Hollande à l'Elysée pour une interview télé, le 11 février 2016.
Le chef de l'Etat François Hollande à l'Elysée pour une interview télé, le 11 février 2016. — Stephane de Sakutin/AP/SIPA

« Ça va mieux », clament depuis deux semaines les membres de l’exécutif. Effectivement, la situation économique de la France s’améliore : le nombre de demandeurs d’emploi recule, les entreprises sont de moins en moins nombreuses à déposer le bilan, le secteur du BTP retrouve des couleurs, la croissance est de retour… Et pourtant, l’heure de la reprise n’a toujours pas sonné. 20 Minutes vous explique pourquoi.

  • Parce que la croissance est mesurée

Au premier trimestre, le pays a enregistré une croissance de 0,5 % révèle ce vendredi l’Institut supérieur des statistiques et des études économiques (Insee). Un résultat meilleur que prévu – les experts s’attendaient tous à une hausse de 0,4 %. Et sur un an, la croissance de la France est de 1,3 %. C’est bien, c’est même mieux que le 1 % de « croissance potentielle », c’est-à-dire de croissance à laquelle nous pouvons naturellement nous attendre du fait des caractéristiques de notre pays. Pour autant, comme le souligne l’économiste Denis Ferrand, directeur général de l’institut Coe-Rexecode, « 1,3 % au lieu de 1 %, ce n’est pas faramineux. Surtout lorsque nous nous comparons avec nos voisins de la zone euro, qui réalisent en moyenne une croissance de 1,6 % ».

  • Parce que les patrons restent prudents

Plus que la hausse du PIB, « la caractéristique de la reprise, c’est lorsque les dépenses, et notamment celles des entreprises, redémarrent durablement », rappelle Denis Ferrand. Les chiffres de l’Insee sont pour l’heure réconfortants : les investissements des entreprises ont progressé de 1,6 % au premier trimestre. Mais qu’est-ce qui a incité les patrons à dépenser de l’argent ?

Il y a un an, le gouvernement a mis en place une mesure exceptionnelle pour inciter les entreprises à investir : le suramortissement. Ce dispositif (environ 500 millions d’euros par an) leur permet d’acquérir des outils, des matériels et même de nouveaux logiciels à un coût moindre. A l’origine, ce cadeau devait prendre fin le 14 avril 2016, mais il a finalement été prolongé d’un an. « Les patrons ont-ils anticipé un investissement qu’ils auraient de toute façon réalisé ou ont-ils procédé à une dépense qu’il n’aurait pas effectuée ? Il faut patienter encore plusieurs mois pour savoir si les entreprises changent réellement de comportement », analyse Denis Ferrand. En attendant, les enquêtes sur le regard que les dirigeants portent sur leur environnement économique ne sont pas mauvaises, mais elles piétinent. Autrement dit, les entreprises se montrent toujours prudentes.

  • Parce que les exportations reculent

C’est le mauvais chiffre des résultats publiés ce vendredi par l’Insee : les exportations se sont légèrement repliées au premier trimestre (-0,2 % après +1 %). Au final, le commerce extérieur contribue à nouveau de façon négative à la croissance du PIB (-0,2 point après -0,4 point au trimestre précédent). Or, comme le rappelle Denis Ferrand, « l’export, c’est l’enjeu clé. C’est pour le favoriser que le gouvernement avait lancé en 2012 le Crédit d’impôt compétitivité emploi (Cice) ». Et la France ne peut même pas se défendre en pointant la valeur de l’euro, qui reste pour l’heure plutôt faible. Bref, comme le résume Denis Ferrand, «  il y a encore du boulot dans ce domaine ».

  • Parce que le chômage est toujours élevé

La nouvelle est tombée en début de semaine : selon le ministère du Travail, le chômage a reculé de 1,7 % en mars. Soit sa plus forte baisse depuis 2000. Mais cette inversion s’inscrira-t-elle dans le temps ? Le gouvernement a lancé en début d’année une nouvelle aide à l’embauche pour les PME de moins de 250 salariés. Concrètement, si elles recrutent, en CDD de plus de six mois ou en CDI, un salarié rémunéré au maximum à 1,3 Smic (1.907 euros bruts), elles reçoivent une prime de 500 euros par trimestre pendant deux ans, soit 4.000 euros au total.

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Alors, « les employeurs se sont-ils servis de cette aide pour recruter un collaborateur qu’ils auraient de toute façon embauché ? Et l’ont-ils recruté en CDD long ou en CDI ? Il nous faut attendre pour le savoir », commente Denis Ferrand. Et puis, même si le chômage commence vraiment à reculer, il reste à un niveau extrêmement élevé, avec 3,53 millions de personnes inscrites en catégorie A (sans aucune activité) et un total de 5,75 millions de demandeurs d’emploi, toutes catégories confondues.

Verdict : Ce n’est plus la crise, ce n’est pas encore la reprise, c’est…

Déjà pas mal. Il ne faut pas noircir le tableau : les indicateurs sont bons. Mais il ne faut pas non plus crier victoire : il faudrait que ces bons chiffres se répètent dans les mois qui viennent pour pouvoir le faire. Alors, si nous sommes sortis de la crise sans être encore entrés dans la reprise, dans quelle période sommes-nous ? « Celle du rebond », répond Denis Ferrand. « Et le rebond, c’est comme un trampoline, il peut nous permettre de retomber plus bas ou de sauter plus haut… ». Pour rester dans la métaphore sportive, il n’y a donc « plus » qu’à transformer l’essai.