Etats-Unis: la croissance ralentie rend la Fed prudente sans entamer sa détermination

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La banque centrale américaine (Fed), à Washington, le 1er août 2015
La banque centrale américaine (Fed), à Washington, le 1er août 2015 — KAREN BLEIER AFP

La croissance économique aux Etats-Unis a ralenti plus sévèrement que prévu au premier trimestre, ce qui justifie pour l'instant la prudence de la Fed mais sans faire dérailler ses projets de relever les taux plus tard dans l'année.

Le Produit intérieur brut (PIB) américain n'a progressé que de 0,5% de janvier à mars, en rythme annualisé et données corrigées des variations saisonnières, selon les chiffres du ministère du Commerce publiés jeudi. C'est la plus faible expansion depuis l'hiver 2014.

Cette performance a déçu les analystes qui tablaient dans leur prévision médiane sur +0,9%, après une croissance modérée de 1,4% au dernier trimestre 2015.

«La faiblesse des investissements industriels et des exportations, exacerbée par la fragile demande extérieure et les bas prix du pétrole ont pesé sur la croissance», a réagi la Maison Blanche dans un communiqué.

Les dépenses des ménages n'ont avancé que de 1,9%, leur plus faible progression depuis le premier trimestre 2015. «Cela fait craindre pour la santé des consommateurs», qui sont le moteur traditionnel de l'activité économique américaine, notaient les économistes de Barclays Research. Mais ils soulignaient aussi que ce ralentissement était surtout dû aux ventes de voitures, revenant à un rythme plus soutenable que le quasi-record atteint l'année passée.

L'autre mauvaise nouvelle est la chute des investissements des entreprises (-5,9%), le rythme le plus bas depuis le deuxième trimestre 2009, en pleine récession. Elle est particulièrement flagrante dans l'industrie extractive de matières premières déprimée par les faibles prix du pétrole, avec une dégringolade de 86% des investissements, la plus sévère jamais enregistrée.

Les exportations ont poursuivi leur repli (-2,6%) handicapées par un dollar fort tandis que les importations ont légèrement progressé (+0,2%), ce qui pèse sur le PIB.

Pour le troisième trimestre consécutif, les industriels ont aussi moins investi dans les stocks, ce qui paradoxalement pourrait augurer d'une remontée de ces investissements dans les prochains mois, point favorable pour la croissance à venir.

Au rang des points forts relevés par la Maison Blanche, le marché immobilier résidentiel a fait un bond de 14,8%. Ce rythme de croissance, le plus fort depuis la fin 2012, est dopé par des taux d'intérêt immobiliers qui restent extrêmement bas.

- Fenêtre de tir étroite -

Pour la banque centrale américaine (Fed) qui se place dans un cycle de resserrement progressif des taux d'intérêt après sept ans de taux zéro, la médiocre performance du premier trimestre justifie son attitude prudente.

Prévenant que la croissance avait ralenti de janvier à mars, elle a prolongé sa pause sur les taux à l'issue d'une réunion monétaire mercredi, après les avoir relevés modestement en décembre pour la première fois en presque dix ans.

«Le redoublement de prudence au niveau de la politique monétaire en ce début d'année est justifié», a affirmé Michael Gregory, de BMO Capital Markets qui estime que cette patience pourrait durer jusqu'à l'été, après la prochaine réunion monétaire de juin.

Mais le Comité monétaire de la Fed semble plus optimiste sur la croissance, ayant assuré dans son communiqué que l'activité allait «croître de façon modérée». De nombreux économistes soulignent aussi que depuis plusieurs années, un faible premier trimestre suivi d'un rebond aux trimestres suivants est devenu une tendance. La Fed prévoit une expansion de 2,2% cette année, après 2,4% en 2015.

Pour Chris Low de FTN Financial, la stabilisation à venir des investissements dans les stocks et celle des commandes de biens durables «suggèrent que les investissements industriels vont cesser de grever la croissance dès le deuxième trimestre».

«Il y a de bonnes raisons de penser que la croissance sera meilleure au deuxième trimestre qu'au premier. Mais pour l'instant, la Fed a raison d'être prudente», ajoute cet expert.

De toutes façons, comme le pense Chris Williamson de Markit, entre la morosité de l'économie mondiale, l'incertitude du Brexit en juin et les élections présidentielles américaines en novembre, «la fenêtre de tir sera étroite» pour la banque centrale si elle veut faire un pas de plus cette année vers la normalisation monétaire.