Baisse du chômage: Pouvons-nous enfin nous réjouir?

SOCIAL Le recul du nombre de demandeurs d’emploi enregistré en mars marque-t-il enfin le début d’une inversion durable de la courbe du chômage?...

Céline Boff

— 

Chômage, emploi et salaire. Photo d'illustration.
Chômage, emploi et salaire. Photo d'illustration. — PHILIPPE HUGUEN AFP

« Ca va mieux ». L’exécutif s’est réjoui mardi soir des derniers chiffres du chômage. Et pour cause : en mars, le nombre de demandeurs d’emploi inscrits en catégorie A, c’est-à-dire sans aucune activité, a baissé de 1,7 %. Ce recul marque-t-il le début d’une inversion durable de la courbe du chômage en France ? Autrement dit, pouvons-nous, enfin, nous réjouir ? 20 Minutes fait le point.

La baisse est importante…

En mars, le nombre de demandeurs d’emploi inscrits en catégorie A a baissé de 1,7 %. Ce qui représente 60.000 chômeurs de moins. C’est un recul très important, c’est même la plus forte baisse enregistrée depuis septembre 2000, comme n’a pas manqué de le souligner la ministre du Travail Myriam El Khomri.

Il y a donc de quoi se réjouir selon Gilbert Cette, professeur d’économie à l’université Aix-Marseille : « Ce chiffre est une très bonne nouvelle. Il faut savoir l’apprécier et s’en féliciter ».

… Mais elle concerne seulement la catégorie A

Malheureusement, les autres catégories de demandeurs d’emploi grossissent : +2 % pour la catégorie B, c’est-à-dire les chômeurs qui ont exercé une activité réduite courte, +3,2 % pour la catégorie C, c’est-à-dire les chômeurs qui ont exercé une activité réduite longue, et +0,4 % pour la catégorie E, c’est-à-dire les chômeurs qui occupent un emploi aidé. « Cela prouve que les chômeurs de la catégorie A ont glissé vers ces trois autres catégories. Une grande partie n’a donc pas retrouvé un emploi stable mais a occupé un CDD ou un contrat aidé », analyse Gilbert Cette. « Au final, seuls 8.000 demandeurs d’emploi sont réellement sortis du chômage, soit une baisse de -0,1 %. Ce qui relativise la performance annoncée ».

Le chômage baisse depuis trois mois…

Les économistes ne cessent de le répéter : une baisse du chômage sur un mois est un indicateur intéressant mais il n’est absolument pas pertinent pour tirer de quelconques conclusions. « Il faut que le recul se répète pendant trois voire quatre mois pour pouvoir évoquer une tendance structurelle », assure Gilbert Cette. Or, c’est le cas : le nombre de personnes inscrites en catégorie A a en effet baissé de 1,4 % sur trois mois (-49.500 personnes) et le recul s’observe même en intégrant les catégories B et C (-0,4 %, soit -23.900 personnes). Alors, cocorico ?

… Mais pas de manière continue

Eh bien non, parce que la baisse n’est pas linéaire. Le nombre de demandeurs d’emploi inscrits en catégorie A a commencé par baisser de 0,8 % en janvier, avant d’augmenter de 1,1 % en février, puis de baisser de 1,7 % mars. Et si l’on intègre les catégories B et C, la courbe est globalement la même : elle oscille. « Avec ces à-coups, il est encore délicat d’attribuer la sortie du chômage de 8.000 personnes à la reprise. Il nous faut attendre », commente Gilbert Cette.

Tout le monde s’attend à une baisse du chômage…

Prix du pétrole bas, euro faible, taux d’intérêt limités, croissance de retour… Tous les indicateurs sont au vert. Et tous les experts s’attendent d’ailleurs une inversion de la courbe du chômage, qui devrait commencer à s’opérer dès le deuxième trimestre 2016.

… Mais elle sera de faible ampleur

Il ne faut pas s’attendre à un recul massif. Selon l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), le chômage atteindra 9,8 % fin 2016, contre 10 % fin 2015. Soit une baisse de seulement 0,2 point. D’une part parce que les employeurs, s’ils ont recommencé à créer des emplois, se montrent toujours très frileux et d’autre part, parce que la démographie reste très soutenue en France : la population active augmente de 140.000 nouvelles personnes chaque année.