Allemagne: le compte bancaire, l'autre sésame d'intégration pour les réfugiés

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A la branche berlinoise de la banque Sparkasse, à Berlin en Allemagne, le 13 avril 2016
A la branche berlinoise de la banque Sparkasse, à Berlin en Allemagne, le 13 avril 2016 — John MACDOUGALL AFP

«Plus de rendez-vous aujourd'hui». A la porte de cette agence bancaire berlinoise, les réfugiés se pressent pour ouvrir un compte, une étape-clé pour leur intégration en Allemagne, même si toutes les banques ne jouent pas encore le jeu.

Mohammed se réjouit d'avoir décroché un rendez-vous pour l'après-midi. Pour cela, l'Iranien de 29 ans est arrivé au petit matin devant ce centre de la caisse d'épargne berlinoise (Berliner Sparkasse) dédié aux réfugiés. Après un entretien d'environ trente minutes, il devrait repartir avec un numéro de compte et un dossier rouge sous le bras lui expliquant, en trois langues et en images, comment retirer de l'argent dans un distributeur ou faire un virement.

Terminées alors les heures d'attente au centre d'enregistrement des réfugiés, se réjouit-il. Les prestations sociales auxquelles il a droit pourront être transférées directement sur son nouveau compte.

Devant l'afflux de plus d'un million de réfugiés en Allemagne l'an dernier, la Berliner Sparkasse a choisi d'opérer depuis septembre deux agences réservées aux réfugiés.

«Cela a résolu beaucoup de problèmes: les employés y sont familiers des documents valables, les critères d'utilisation des comptes ont été fixés, des brochures d'information en anglais et en arabe élaborées, les foyers de réfugiés informés», explique Olaf Schulz, responsable des clients privés de la banque.

Et, avec plus de 16.000 comptes déjà créés, «les réfugiés, pour qui un compte facilite beaucoup de choses, sont heureux et reconnaissants», ajoute-t-il.

- «construire sa vie» -

«C'est important pour les gens, qui vivent tous ensemble dans des gymnases, de pouvoir mettre leur argent en sécurité sur un compte», estime Anas Albasha.

Originaire d'Alep, ce Syrien de 24 ans est embauché par la banque comme traducteur. Il répond aux questions des demandeurs d'asile et fait l'intermédiaire avec les cinq employés de cette agence dans l'est de Berlin.

Arrivé seul en Allemagne en septembre 2014, le jeune homme, en costume cravate, «veut aider» les nouveaux arrivants à s'y repérer dans l'univers bancaire allemand. Il se souvient de ses propres déboires pour ouvrir un compte. «J'avais d'abord essayé en anglais et cela n'a pas marché, puis avec mon allemand bancal, cela n'a encore pas marché», raconte celui qui désormais s'exprime aisément dans la langue de Goethe.

Un compte en banque est essentiel pour décrocher un emploi ou avoir son propre logement.

Persuadée qu'«une intégration rapide n'est pas possible» sans un accès bancaire, l'Autorité financière allemande (Bafin) a limité à l'automne les documents nécessaires pour ouvrir un compte basique.

Alors que beaucoup de migrants sont arrivés sans pièce d'identité, il suffit désormais d'une simple lettre signée d'une administration allemande d'immigration comportant une adresse, les éléments d'identité et une photo, pour ouvrir un compte.

«Cela a beaucoup simplifié les choses», explique-t-on à la banque coopérative GLS, également très investie pour aider les réfugiés à disposer d'un compte, un élément selon elle «d'une importance capitale pour pouvoir construire sa vie».

- «sujet complexe» -

A la fédération allemande BdB, qui représente de grands noms comme Deutsche Bank et Commerzbank, le discours est clairement plus frileux. «C'est un sujet complexe pour chaque banque, mais pour celles qui sont internationales, avec par exemple des activités aux Etats-Unis, c'est encore un peu plus complexe», souligne pour l'AFP Michael Kemmer, directeur général de la fédération, évoquant les règles strictes sur l'identification et les risques de blanchissement d'argent ou de financement du terrorisme.

Les caisses d'épargne reprochent aux banques privées de se retrancher derrière de tels arguments pour les laisser se débrouiller avec cette nouvelle clientèle aux comptes généralement peu fournis.

Mais «la situation devrait beaucoup se détendre» d'ici quelques mois avec l'entrée en vigueur d'une loi autorisant «un compte pour chacun», espère M. Schulz.

Pensée à l'origine surtout pour les sans domicile fixe et votée en février, cette loi, qui retranscrit une directive européenne, oblige une banque à ouvrir un compte à toute personne peu importe ses revenus.