Salariés incités à changer de prénom: «Au bout de 8 mois, je ne m’y fais toujours pas»

TEMOIGNAGE Juliette a dû changer de prénom à la demande de son entreprise et c’est loin de lui faire plaisir….

Delphine Bancaud

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Une salariée en entreprise.
Une salariée en entreprise. — Noel Hendrickson / Mood/REX/SIPA

Un nom qui lui a coûté cher. Marion, s’est vue remerciée par son patron parce qu’elle avait refusé qu’il la rebaptise Marie, pour éviter qu’elle ait le même prénom qu’une commerciale de l’entreprise. Une affaire qui a déclenché l’indignation de nombreux internautes, y compris parmi les lecteurs de 20 minutes.

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Juliette* a connu une histoire similaire, comme elle le confie à 20 minutes. En  contrat de professionnalisation en agence d’intérim, la jeune femme a été invitée à changer de prénom, car elle portait le même qu’une assistante commerciale, salariée de l’agence depuis son ouverture et en CDI.

« Mais… tu n’as pas de deuxième prénom ? »

« Mon employeur ne m’a rien dit lors du premier entretien. Je sentais qu’une gêne était présente au moment où la responsable d’agence a dit "bon il faudra juste qu’on voit pour le prénom", un peu comme si elle se le disait à elle-même, mais à voix haute », raconte-t-elle. Sur le coup, Juliette ne comprend pas quel est le problème et n’arrive pas à envisager qu’elle pourrait être disqualifiée juste à cause de son prénom.

Ce n’est qu’une fois la promesse d’embauche tombée, lorsqu’elle est reconvoquée pour remplir des formalités administratives et signer son contrat que Juliette réalise enfin ce qui l’attend : « Au moment où la responsable d’agence a pris ma carte d’identité, il y a eu un blocage et un blanc et elle m’a demandé : « mais… tu n’as pas de deuxième prénom ? » et c’est là que j’ai compris que ça poserait vraiment problème », explique-t-elle.

Une demande saugrenue que la recruteuse justifie en déclarant que les clients étaient habitués à avoir le même interlocuteur et que ça les perturberait s’ils ne pouvaient plus différencier les personnes à qui ils avaient communiqué une information. « Et comme on ne donne pas nos noms de famille aux clients, il y avait un blocage », raconte la jeune femme.

« Je m’y fais toujours pas »

La nouvelle recrue se sent un peu mise devant le fait accompli : « La responsable m’a demandé si ça ne me dérangeait pas, mais elle m’a aussi fait comprendre que c’était vraiment compliqué si je gardais mon prénom. J’ai un peu paniqué en me disant intérieurement que peu importe ce qu’elle me demanderait sur le coup, j’étais prête à tout accepter parce que je voulais vraiment décrocher ce contrat », indique-t-elle.

La recruteuse lui laisse cependant choisir son nouveau nom : « je refusais de complètement changer mon prénom et j’ai donc opté pour Julie, qui reste proche de Juliette », indique-t-elle.

Aujourd’hui encore, aucun des clients ou des intérimaires ne connaît son véritable prénom. « Au bout de 8 mois, je ne m’y fais toujours pas. Si cela ne me dérange pas vis-à-vis des clients parce qu’ils ne m’ont qu’au téléphone ou par mail, je suis gênée vis-à-vis de mes collègues. Surtout ceux dont je suis proche. J’ai l’impression que c’est un surnom, mais ça ne coïncide pas avec la relation professionnelle que nous devons entretenir (on n’appelle pas ses collègues ou supérieurs par leur surnom alors pourquoi moi ?). J’ai parfois envie de leur expliquer le pourquoi du comment, mais je ne peux pas. Heureusement que la situation ne durera qu’un an, le temps de mon contrat de professionnalisation », indique-t-elle.

*Les prénoms ont été changés.