Plus ludiques, plus sains, plus modulables: Comment nos bureaux se métamorphosent

TRAVAIL A l’occasion de la Journée mondiale du rangement de bureaux, « 20 Minutes » décrypte les tendances en matière d’aménagement de nos espaces de travail…

Céline Boff

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La Cantine, un espace de travail collaboratif à Paris. Photo d'illustration.
La Cantine, un espace de travail collaboratif à Paris. Photo d'illustration. — STEVENS FREDERIC/SIPA

Ce lundi, c’est la Journée mondiale du rangement de bureaux. L’occasion pour 20 Minutes, non pas de s’attaquer aux piles de papiers qui traînent au service des Sports (coucou, @AntoineMaes) ou à celui de la Culture (coucou, @sl20min)*, mais de se pencher sur les dernières tendances en matière d’aménagement de bureaux.

Le bureau de Stéphane Leblanc, chef du service Culture.
Le bureau de Stéphane Leblanc, chef du service Culture. - C.B.

* Ce serait même une grave erreur puisqu’il est scientifiquement prouvé que le désordre est signe de créativité.

Tendance n°1 : Le bureau étendu

Hier : Le salarié travaillait dans un bureau fermé ou cloisonné, individuel ou collectif. Si besoin, il pouvait réserver une salle de réunion plus ou moins grande pour rencontrer ses collaborateurs et ses clients.

Aujourd’hui : Le salarié travaille en open space mais comme ces plateaux paysagers ont tendance « à tuer » (dixit un célèbre ouvrage), « les employeurs démultiplient les lieux où l’on peut travailler dans l’entreprise », explique Alain D’Iribarne, sociologue et président du comité scientifique d’Actineo, un observatoire de la qualité de vie au bureau. Si les salles de réunion existent toujours, « la cafétéria est désormais considérée dans de nombreuses sociétés comme un espace de travail normal », poursuit l’expert. La mode est à la création de « bulles de confidentialité », des pièces où l’on peut s’isoler pour passer un coup de fil, et « d’espaces de convivialité », des cocons souvent équipés de sofas et/ou de fauteuils, invitant à l’échange plus ou moins formel. Le plus souvent, ces lieux ne se réservent pas.

L’info en plus : Pour permettre au salarié de travailler sans rupture d’un lieu à l’autre, il faut des équipements informatiques performants : « La technologie doit suivre en termes de serveurs, de connexions, de wifi, de matériels, de maintenance informatique, etc. », insiste Evelyne Escriva, chargée de mission à l’ Agence nationale de l’amélioration des conditions de travail (Anact). Or, « les équipements sont médiocres dans bien des entreprises, ce qui suscite le mécontentement des équipes », ajoute Alain D’Iribarne.

Tendance n°2 : Le bureau modulable

Hier : L’espace de travail ressemblait grosso modo à cela :

Un bureau au XXe siècle.
Un bureau au XXe siècle. - SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

Aujourd’hui : Avec l’émergence de l’ergonomie, le poste de travail devient modulable et donc personnalisable, à l’image de la table qui se règle en hauteur. Chez Afnor par exemple, les écrans d’ordinateurs sont ajustés à la hauteur de vue de chaque collaborateur. « Nous mettons à leur disposition des souris ergonomiques, des repose-pieds et des repose poignets pour éviter le développement des TMS, les troubles musculo-squelettiques », détaille Laurence Breton-Kueny, directrice des ressources humaines du groupe et coauteure de l’ouvrage Hygiène de vie et bien-être au travail (Afnor Editions). D’autres entreprises vont encore plus loin en développant des «  bureaux intelligents » : la connectique est directement intégrée dans le mobilier, des applications pour smartphone permettent de commander à distance son unité centrale et la domotique permet de réserver une salle tout en déclenchant les lumières, la ventilation ou encore l’ouverture des volets.

L’info en plus : Le siège est au cœur de la révolution ergonomique et prend une dimension santé. Après les bureaux debout, la tendance est au « siège ballon » qui favoriserait la circulation sanguine et réduirait les douleurs dorsales.

Le siège ballon de Technogym.
Le siège ballon de Technogym. - Technogym

Bon, il vient mettre un terme aux courses de chaises à roulettes…

… Mais il laisse d’autres possibilités.

Tendance n°3 : Le bureau ludique

Hier : Le salarié n’était pas là pour rigoler.

Aujourd’hui : Jurisprudence Google oblige, certains employeurs commencent à penser que les espaces récréatifs peuvent se révéler aussi productifs que les espaces de travail. Des sociétés se dotent donc de salles de sieste, de sport, et/ou de jeux. Le loisir pénètre même directement dans l’open space, par exemple avec le potager d’entreprise. La société Ciel, mon radis conçoit par exemple des modules permettant de cultiver des herbes aromatiques au beau milieu des bureaux.

L’info en plus : La génération Y innove en matière de jeux. « En ce moment, l’objet chouchou des jeunes salariés, c’est le drone. Ils se l’envoient comme les plus âgés se lançaient jadis une belle ou un avion en papier », assure Alain D’Iribarne.

Tendance n°4 : Le bureau salubre

Hier : Le salarié était le seul pilote de son bureau.

Aujourd’hui : Le salarié étant amené à travailler dans des espaces collectifs et/ou n’ayant plus de bureau dédié – c’est le cas de 5 % des travailleurs et cette tendance progresse –, les règles changent. Ou plutôt, elles se créent. « Les espaces devenant partagés, le fouillis n’est plus tolérable. Il est un véritable facteur de stress pour certains salariés et les responsables RH doivent donc s’y intéresser », assure Laurence Breton-Kueny.

En 2010, elle a initié le lancement d’une « Charte Open Space », qui recommande de régler son mobile sur vibreur, d’éviter les conversations en main libre, de ne pas claquer les portes ou encore de ranger les espaces de travail. La DRH a également adopté la méthode industrielle des 5S, inventée par le Japonais Toyota, pour l’appliquer au rangement de l’espace de travail : « Elle s’y prête tout à fait puisqu’elle consiste à débarrasser, ranger, dépoussiérer, ordonner et être rigoureux ».

L’info en plus : Le bureau rend plus que jamais malade : « La climatisation était jusqu’il y a peu le vecteur principal de la transmission des microbes. Les équipements étant de plus en plus partagés, ils le deviennent également », analyse Alain D’Iribarne. Ce qui conduit à une évolution du métier des agents de nettoyage : « En plus des sols et des sanitaires, ils vont devoir procéder à la désinfection des tables et des outils », estime l’expert. Selon une étude publiée dans un journal finlandais, un bureau partagé conduit à 62 % de jours d’arrêt maladie de plus qu’un bureau individuel notamment à cause de la propagation facilitée des germes.