Illustration sur le stress.
Illustration sur le stress. — CLOSON/ISOPIX/SIPA

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Petits patrons en conflit avec leurs banques: «Ma conseillère refusait de me rencontrer»

« 20 Minutes » a rencontré deux petits patrons qui ont sauvé leurs entreprises grâce à la Médiation du crédit et dévoile en avant-première les résultats 2015 de cette institution...

Béatrice Allix n’a jamais revu sa banquière. Et cette boulangère ne le veut pas. Elle n’a toujours pas digéré « la brutalité » de sa conseillère, qui a refusé de l’aider quand elle était « au fond du trou ».

Ses affaires tournaient bien – la boulangerie familiale, installée à Chaville (Hauts-de-Seine), accueillait chaque jour entre 400 et 1.000 clients. C’est Béatrice qui allait mal : elle devait subir, pour la deuxième fois en deux ans, une très lourde opération. « J’allais être en arrêt maladie pendant au moins quatre mois. Comme je travaillais plus de 70 heures par semaine, je devais me faire remplacer par deux personnes, ce qui est très lourd en termes de salaires et de cotisations », explique-t-elle à 20 Minutes.

« Psychologiquement, ça a été extrêmement violent »

Trop lourd en tout cas pour la trésorerie de sa petite entreprise, qui emploie alors quatre personnes. Pour ne pas faire faillite, Béatrice veut rééchelonner son seul crédit bancaire, contracté cinq ans plus tôt pour acheter le fonds de commerce. « Ma banquière m’a dit : "Je ne vous rencontrerai pas. Ce n’est pas mon problème". Je l’ai vraiment interprété comme "vous pouvez mourir, je n’en ai rien à faire". Psychologiquement, ça a été extrêmement violent ».

Béatrice part au bloc opératoire « paniquée ». A la sortie de l’hôpital, elle court aux impôts. C’est la délivrance : « Ils m’ont parlé de la Médiation du crédit », un organisme créé en 2008 pour aider les patrons rencontrant un problème avec leurs banquiers. En moins de deux mois, le médiateur décroche un « moratoire » : Béatrice obtient le droit ne pas rembourser son crédit pendant six mois, « le temps de payer les factures et les salaires… Le temps de sauver l’entreprise ! ».

Béatrice Allix n’est pas un cas isolé. Chaque année, des milliers de patrons – 2.990 l’an dernier – saisissent la Médiation du crédit. « Nous sommes un service gratuit, anonyme et local », résume Fabrice Pesin, médiateur national du crédit, qui s’appuie sur un réseau de 105 médiateurs départementaux, qui sont en fait les directeurs des succursales de la Banque de France.

Les résultats 2015 de la Médiation du crédit.
Les résultats 2015 de la Médiation du crédit. - D.R.

Découvert, refus de crédit, réaménagement de dettes… La Médiation peut intervenir sur tous types de litiges, « à condition que le dirigeant nous contacte suffisamment tôt, dans l’idéal dès qu’il reçoit une réponse négative de son banquier », insiste Fabrice Pesin. Les résultats sont là : sur les 1.787 dossiers traités l’an dernier, 62 % ont trouvé une issue favorable. Parmi eux figurent de plus en plus de très petites entreprises (TPE), c’est-à-dire de structures employant moins de 10 salariés. « Leurs recours ont augmenté de 7 % en deux ans », révèle Fabrice Pesin.

Mais les TPE ne sont pas les seules à rencontrer des problèmes avec leurs banquiers, comme en témoigne Armando Ferreira, gérant d’une PME de 18 salariés installée à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). En janvier, sa banque le contacte pour lui annoncer qu’il doit quitter l’établissement. Armando ne comprend pourquoi : « Le chiffre d’affaires de mon entreprise progressait chaque année et je n’avais aucune dette… Ils ont peut-être décidé cela parce que je travaille dans le BTP, un secteur en difficultés ».

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Armando ne cherche pas à en savoir davantage : « J’ai juste demandé à mon agence de me rendre le million d’euros que j’y avais placé ». C’est là qu’il découvre « l’impensable » : « La banque avait, sans m’en parler, pris 300.000 euros dans mes comptes pour les placer en garantie ». En clair, cette somme est bloquée et l’agence refuse de les lui rendre.

« Ce service peut vraiment nous sauver »

Armando contacte alors la Médiation du crédit. Un mois plus tard, ses problèmes sont réglés : sa banque lui remet 235.000 euros et assure qu’elle lui versera le solde en septembre. « Si un entrepreneur a peu de poids face à une banque, ce n’est visiblement pas le cas de la Banque de France ! », se réjouit-il. « Malheureusement, peu de petits patrons connaissent la Médiation du crédit, alors que ce service peut vraiment nous sauver. Ils m’ont sauvée en tout cas », ajoute Béatrice Allix.

Il y a quelques mois, cette boulangère a revendu son commerce pour reprendre un emploi salarié. Quant à Armando Ferreira, il n’a toujours pas retrouvé de banque. « Aussi incroyable que cela puisse paraître, ce n’est pas facile de trouver un établissement qui accepte d’héberger l’argent d’une PME… », conclut-il.