Métiers d'hommes, secteur vieillissant.. Les préjugés persistants des jeunes sur l'industrie

EXCLUSIF Selon un sondage Harris interractive pour Coca Cola entreprise dévoilé par «20 Minutes», les jeunes ne sont pas conscients du vivier d'emplois de ce secteur...

Delphine Bancaud

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Une usine en Italie, à Turin.
Une usine en Italie, à Turin. — MARCO BERTORELLO / AFP

De trop nombreux jeunes ont encore une image poussiéreuse de l’industrie. Selon un sondage* Harris Interactive pour Coca Cola Entreprise, révélé ce mardi par 20 Minutes à l’occasion de de la semaine de l’industrie, 30 % des 15-34 ans déclarent avoir une mauvaise image des métiers de l’industrie.

Un secteur très large et méconnu

«Ils pensent que ce secteur est en déclin parce qu’ils ont entendu parler de fermetures d’usines et de délocalisation», explique Maryse Vassout, directrice générale de la faculté des métiers de l’Essonne, qui forme 700 jeunes aux métiers de l’industrie. «Cette opinion négative est aussi due à leur méconnaissance de ce secteur très large, qui englobe aussi bien la métallurgie que les industries chimiques. Le fait que les jeunes aient du mal à se le représenter brouille l’image qu’ils peuvent en avoir», explique Michel Tardit, chargé de veille au CIDJ.

Dans le détail, 59 % des moins de 35 ans estiment que les métiers de l’industrie ne «savent pas se vendre» et 48 % qu’ils ne sont pas attractifs pour les jeunes. «Cela prouve qu'ils n’ont pas conscience des débouchés offerts par ces métiers. Pourtant, à la faculté des métiers de l’Essonne, nous avons plus de demandes de contrats d’apprentissage de la part d’entreprises que de jeunes en formation. Et 90 % des jeunes que nous formons décrochent un emploi tout de suite après leur formation», explique Maryse Vassout.

L'image d'un secteur vieillot

Autre a priori : 34 % des moins de 35 ans pensent que ces métiers sont l’apanage des personnes peu ou pas diplômées et 38 % qu’ils n’offrent pas d’évolution.«Pourtant, l’industrie propose de moins en moins de postes non qualifiés et ce depuis plusieurs années du fait des techniques de plus en plus pointues qu'elle utilise», observe Michel Tardit. «Beaucoup de jeunes se représentent le salarié de l’industrie uniquement sous les traits d’un ouvrier. Ils ignorent l’existence d’experts, les métiers liés à la qualité ou à la recherche et développement», ajoute Maryse Vassout.

Et bien que l’industrie version Les temps modernes de Chaplin soit bel et bien enterrée, beaucoup d'entre eux ont encore une image vieillotte du secteur : 33 % des moins de 35 ans estiment ainsi que les métiers de l’industrie sont déconnectés de la révolution digitale et 35 % qu’ils sont occupés essentiellement par des salariés âgés. «Pourtant les technologies ont beaucoup évolué avec la robotisation de nombreuses tâches», explique Michel Tardit. D’autant que les industriels doivent sans cesse innover pour se démarquer de la concurrence. 

Des métiers masculins?

Plus étonnant : les préjugés sexistes ont encore la vie dure chez les 18-34 ans, puisque 19 % d’entre eux estiment qu’ils ne sont pas faits pour les femmes et 49 % qu’ils ne permettent pas aux femmes d’accéder à des responsabilités.«Ils associent les métiers de l’industrie au travail à la chaîne, à une certaine pénibilité et pensent par déduction qu’ils ne sont pas accessibles aux femmes», constate Maryse Vassout. «Ils ignorent aussi que certaines activités, comme l’industrie pharmaceutique, recrutent une majorité de femmes», souligne Michel Tardit.

D’autant que nombre d'entreprises industrielles, conscientes de leur retard en matière de féminisation, cherchent à recruter en priorité des femmes. Et que depuis 10 ans, l’Association « Elles bougent » fait découvrir aux collégiennes et lycéennes les métiers  d'ingénieures et de techniciennes dans tous les secteurs industriels.

L'urgence d'une meilleure communication

Des préjugés que les fédérations professionnelles et les entreprises vont devoir continuer à déconstruire dans les prochaines années. « Pour cela, il faut multiplier les visites d’entreprises dès le collège afin que les jeunes puissent visualiser la chaîne de production afin d’apprendre à connaître les différents métiers», conseille Michel Tardit. Convaincu de l'efficacité de cette mesure, Coca Cola Entreprise a ainsi permis à 20.000 jeunes de visiter ses usines depuis dix ans. L’accueil plus massif d’élèves de 3e pour un stage d’observation peut aussi aider dans cette voie.

Selon le sondage, 44 % des moins de 35 ans estiment aussi que les entreprises industrielles devraient aussi davantage communiquer sur le potentiel d’emplois ouverts aux jeunes dans leurs secteurs et 42 % sur les perspectives de progression en termes de carrière et de salaires. «Il faut aussi que les fédérations rassurent le grand public sur l’avenir de l’industrie en France, en expliquant par exemple, que dans l’aéronautique, les entreprises ont un carnet de commandes plein pour les 8 à 10 qui viennent», estime de son côté Maryse Vassout.

Cette dernière pense aussi que les fédérations professionnelles devraient retravailler l’appellation des certains métiers. «Le nom chaudronnier par exemple n’est pas du tout représentatif de ce qu’est le métier aujourd’hui», estime-t-elle. Les centres de formation doivent aussi contribuer à cet édifice : «organiser des journées portes ouvertes comme cela est fait à la faculté des métiers, pour faire visiter nos plateaux techniques afin de faire appréhender aux collégiens le processus de création d’un produit est très important pour combattre les clichés», souligne Maryse Vassout.

*Sondage réalisé en ligne du 23 au 25 février 2016 sur un échantillon de 1.023 personnes représentatif des Français âgés de 15 ans et plus, selon la méthode des quotas.