Réforme El Khomri: Les syndicats arriveront-ils à faire front commun?

SOCIAL Les organisations syndicales se réunissent ce jeudi pour tenter d’organiser une riposte commune. Mais ce n’est pas gagné…

Céline Boff

— 

Les leaders de FO Jean-Claude Mailly (2e g), de la Confédération syndicale internationale (CSI) Sharan Burrow (3e), de la CFDT Laurent Berger, de la CGT Philippe Martinez (6e) et l'un de ses prédécesseurs, Bernard Thibault (7e), le 18 février à Paris.
Les leaders de FO Jean-Claude Mailly (2e g), de la Confédération syndicale internationale (CSI) Sharan Burrow (3e), de la CFDT Laurent Berger, de la CGT Philippe Martinez (6e) et l'un de ses prédécesseurs, Bernard Thibault (7e), le 18 février à Paris. — Kenzo Tribouillard AFP

Comment lutter contre le projet de loi El Khomri ? Les syndicats se réunissent ce jeudi pour tenter de trouver une réponse commune. Mais ce n’est pas gagné : s’ils étaient tous vent debout contre le texte la semaine dernière, l’union sacrée s’effrite déjà.

Tout a basculé lundi, lorsque Manuel Valls a décidé de reporter au 24 mars la présentation de la réforme, initialement programmée le 9 mars. Un délai nécessaire, selon le Premier ministre, pour « poursuivre la discussion » avec les syndicats. Si ces derniers goûtent le geste – ils avaient été passablement agacés de découvrir le projet de loi dans la presse –, ils l’apprécient différemment.

« Nous préparons les drapeaux et les banderoles ! »

Il y a d’abord ceux qui souhaitent calmer le jeu, à l’image de la CFTC. Elle ne sera pas dans la rue le 9 mars pour manifester aux côté des organisations de jeunesse qui réclament le retrait du texte. « Au moment où le gouvernement lance la concertation, nous préférons adopter une attitude plus mesurée », justifie Philippe Louis, son président. Et le 31 mars, défilera-t-il aux côtés de la CGT et de FO ? « Il est trop tôt pour y penser. Nous rencontrons Myriam El Khomri ce jeudi et si nous y allons, c’est parce que nous pensons pouvoir faire évoluer le texte. »

Mais tous les syndicats « réformateurs » ne sont pas sur la même ligne. La CFE-CGC, qui représente les cadres, semble particulièrement exaspérée : « Ce que nous faisons en ce moment ? Nous préparons les drapeaux et les banderoles ! », lance Alain Giffard, secrétaire national à l’économie. « Plus sérieusement, nous allons, à nouveau, expliquer au gouvernement ce que nous n’accepterons pas. Mais si nous n’obtenons pas satisfaction, nous sommes capables d’aller faire un petit tour dans la rue. »

Du côté de la CGT et de FO, pas de doute : ils manifesteront le 9 mars. « Le gouvernement a reporté la présentation de la réforme, mais pas le calendrier parlementaire : il prévoit toujours un examen du texte à l’Assemblée nationale début avril. Cela prouve qu’il ne s’apprête pas à retravailler en profondeur son projet de loi », réagit Eric Aubin, de la CGT.

>> A lire aussi : L’ex-conseiller de Myriam El Khomri dénonce « une trahison historique »

Yves Veyrier, de FO, ne dit pas autre chose : « Le gouvernement a déjà laissé entendre qu’il était prêt à lâcher du lest sur certains points. Mais c’est loin d’être suffisant : c’est la philosophie générale du texte qui nous pose problème. » Et plus précisément « l’inversion de la hiérarchie des normes », c’est-à-dire le fait qu’une entreprise puisse négocier pour ses salariés des conditions moins favorables que celles prévues par le Code du travail.

Pour autant, FO comme la CGT assurent « ne pas être seulement dans l’opposition : nous avons construit des contre-propositions. Nous les présenterons au gouvernement, mais nous attendons d’être entendus et respectés. » Comme l’est la CFDT ? « Il suffit que Laurent Berger [secrétaire général de la CFDT] prenne la parole dimanche à la télévision pour que le lendemain, Manuel Valls annonce un report du projet de loi. Mais le gouvernement doit faire attention : il a tout intérêt à discuter avec tout le monde. Il n’y a pas que la CFDT qui a de bonnes idées », insiste Alain Giffard.

« Les salariés sont très remontés »

Pour Yves Veyrier, la stratégie du gouvernement est une « erreur » : « Ce n’est pas parce qu’il ne négocie qu’avec la CFDT qu’il nous fait pour autant perdre la partie. La sensibilité des salariés est énorme sur ce projet de loi et nous nous souvenons tous de la victoire que nous avions remportée sur le contrat première embauche (CPE)… » « Cette fois-ci, nous n’avons pas eu beaucoup d’efforts à fournir pour alerter les salariés, bien au contraire ! », renchérit Eric Aubin. « Nous n’avons jamais eu autant de retours de nos équipes terrain, qui nous font part de salariés très remontés… »

Les compromis que le gouvernement s’apprête à négocier suffiront-ils à étouffer la colère des Français, entre autres illustrée par une pétition en passe d’atteindre le million de signatures ? L’ampleur de la mobilisation du 9 mars viendra donner une première réponse.