Engie lance sa «révolution énergétique» après des pertes records en 2015

ENERGIE Entraîné par la chute des cours du pétrole, l’énergéticien Engie (ex-GDF Suez) a plongé dans le rouge en 2015…

C.P. avec AFP
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Le siège de Engie à dans le quartier d'affaires de La Défense près de Paris le 11 janvier 2016.
Le siège de Engie à dans le quartier d'affaires de La Défense près de Paris le 11 janvier 2016. — Michel Euler/AP/SIPA

« Lancer une révolution profonde » « face aux bouleversements sans précédent » du monde énergétique. C’est la feuille de route tracée ce jeudi par Gérard Mestrallet, le PDG de Engie (ex GDF-Suez), après l’annonce de pertes records.

4,6 milliards d’euros de pertes

Le contexte énergétique dégradé, marqué par un effondrement des prix du pétrole, du gaz et de l’électricité, a valu à Engie de retomber dans le rouge en 2015, comme en 2013 : après un bénéfice net de 2,4 milliards en 2014, l’énergéticien a enregistré une perte nette de 4,6 milliards d’euros. En cause : des dépréciations massives de 8,7 milliards d’euros, notamment dans l’exploration-production et dans la production d’électricité.

Engie a manqué de peu également les objectifs qu’il s’était fixés pour 2015, avec un excédent brut d’exploitation (Ebitda) de 11,3 milliards d’euros (-7,2 %) et un bénéfice net récurrent de 2,6 milliards (-5 %), pour un chiffre d’affaires en repli de 6,4 % à 69,9 milliards d’euros, affecté par la chute des prix et l’indisponibilité de réacteurs nucléaires en Belgique.

Devenir le leader mondial de la transition énergétique

Face à ces difficultés, le groupe entend répondre en accélérant son virage stratégique vers les énergies renouvelables. L’objectif affiché est clair : devenir le leader mondial de la transition énergétique.

Ce plan de transformation, qui se déclinera jusqu’en 2018, prévoit de mettre l’accent sur les énergies bas carbone, dans lesquelles Engie inclut le gaz : « Notre portefeuille (production et efficacité énergétique) sera à plus de 90 % bas carbone fin 2018 (contre 75 % en 2015) », a expliqué au «Monde» Isabelle Kocher, qui prendra officiellement les commandes du groupe comme directrice générale début mai.

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« Nous nous appuyons sur ces trois métiers pour bâtir notre vision de l’avenir d’Engie, qui est d’être non plus seulement un fournisseur de gaz et d’électricité, mais un apporteur de solutions énergétiques et digitales globales pour un monde décarboné », a également expliqué ce jeudi Gérard Mestrallet.

Investissements, cessions d’actifs et économies

Pour y arriver, le groupe détenu à environ 33 % par l’Etat français compte réaliser 22 milliards d’euros d’investissements et céder pour 15 milliards d'euros d'actifs à l'horizon 2018. Un tiers de ces cessions a déjà été effectué grâce à la vente de 13 gigawatts de capacités de production d’électricité.

Ces opérations concernent 10 GW de centrales à gaz, à charbon et hydroélectriques aux Etats-Unis, exposées aux prix de marché, ainsi que deux centrales à charbon de 3 GW en Inde et en Indonésie. Elles représentent une réduction de la dette nette du groupe de 5,5 milliards d’euros et abaisseront de 20 % sa capacité de production d’électricité à partir de charbon. Devant les analystes, le groupe a indiqué que l’exploration-production faisait également « partie des actifs pouvant être cédés ».

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Parallèlement, Engie a acquis la société californienne OpTerra, forte d’un chiffre d’affaires de 275 millions de dollars en 2015, qui lui permet de devenir le troisième acteur dans le secteur des services à l’énergie outre-Atlantique.

Hausse des activités à prix régulés

Pour mieux de protéger contre la volatilité des cours de l’énergie, Engie prévoit aussi d’investir dans les activités à prix régulés, moins risquées que celles exposées aux prix de marché.. « La part du régulé ou du contracté dans notre activité passera de 55 % à 85 % en 2018 », a ainsi annoncé Isabelle Kocher, qui sera en charge de mettre en œuvre le plan.

Le plan de transformation s’accompagnera en outre d’un programme d’économies de coûts opérationnels (« Lean 2018 ») qui lui permettra d’économiser 1 milliard d’euros à l’horizon 2018.

« Ce programme est ambitieux. Il représente un effort supplémentaire de 50 % par rapport au rythme annuel d’économies que nous avons produit ces dernières années », a indiqué Isabelle Kocher, qui préfère parler de « révolution énergétique », plutôt que de « transition énergétique ».