La grande distribution multiplie les gestes pour tenter d'apaiser les agriculteurs

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Des chariots de supermarché et des tracteurs bloquent une route près de Saintes, dans l'ouest de la France, le 8 février 2016
Des chariots de supermarché et des tracteurs bloquent une route près de Saintes, dans l'ouest de la France, le 8 février 2016 — XAVIER LEOTY AFP

Après le gouvernement la semaine dernière, la grande distribution a multiplié ces derniers jours les gestes pour tenter d'apaiser les agriculteurs, mais sans pour l'instant convaincre ces derniers, qui y voient des mesures de court terme et insuffisantes.

Mardi, Leclerc s'est engagé à ne pas baisser ses prix d'achats sur les produits laitiers d'origine France, lors des négociations commerciales avec ses fournisseurs qui doivent se terminer le 29 février.

La veille, il avait également annoncé vouloir lancer en 2016 «trois opérations nationales» de promotion sur la viande de boeuf, «ce qui permettra d'opérer un prélèvement de 12.000 têtes supplémentaires et aidera au soutien des cours».

Vendredi, Auchan avait lui indiqué la mise en place d'un contrat tripartite (distribution, industriels, producteurs) de trois ans renouvelables avec plusieurs producteurs de porc du Nord-Pas-de-Calais, pour leur assurer une visibilité et des montants minimum d'achat, prenant notamment en compte les évolutions des coûts de production.

De son côté, la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), qui représente les autres principales enseignes françaises (Auchan, Carrefour, Casino, Cora, Lidl, Système U) a déclaré mardi être prête à participer à un fonds de soutien de 100 millions d'euros en faveur des éleveurs porcins.

Sa mise en œuvre, qui a été validée par l'Autorité de la concurrence, est encore soumise à un accord des autres acteurs de la chaine agroalimentaire: abattage, charcuterie, restauration collective et commerciale. Celui-ci «devra être finalisé dans les prochains jours», selon la FCD.

Intermarché, Système U et Lidl devraient quant à eux signer ce mercredi une «charte laitière de valeurs», socle d'un nouveau cadre de négociations commerciales pour garantir une meilleure rémunération de l'ensemble des acteurs.

Ces annonces font suite à des réunions la semaine dernière avec le gouvernement, qui avait demandé aux acteurs de faire des propositions concrètes d'ici à mi-mars pour faire évoluer le cadre de leurs relations et empêcher que les agriculteurs soient les seuls à supporter les conséquences de la volatilité des prix.

-«Climat de tension»-

Mais pour le moment, les producteurs restent assez sceptiques face à ces propositions.

«Il y a énormément de (bonne) volonté, mais derrière ça piétine» souvent, a déclaré mardi soir Florent Dornier, secrétaire général des Jeunes agriculteurs sur France Info.

On remarque souvent «une grande différence entre les annonces qui sont faites et ce que je constate dans les retours des commerciaux» qui négocient avec les distributeurs, a souligné mercredi Dominique Chargé, président de la fédération des coopératives laitières (FNCL) lors d'un point presse.

Malgré les déclarations de bonne intention, les négociations se déroulent toujours actuellement dans «un climat de tension jamais atteint» avec des demandes de baisses de tarifs «qui peuvent aller jusqu'à -8%», a-t-il précisé.

Pour les Jeunes agriculteurs, le fonds de 100 millions d'euros représente certes «un premier pas», mais cela reste «du conjoncturel», ce dispositif ne devant durer que six mois.

La Fédération nationale porcine a elle salué dans un communiqué la mise en place de ce «soutien à la trésorerie à court terme» des éleveurs, mais en soulignant que cela n'enlevait en rien la nécessité de faire des réformes d'ordre structurel.

Revenant sur l'engagement de Leclerc de ne pas demander de nouvelles baisses de prix sur le lait lors de la négociations des tarifs pour 2016, M. Dornier a déclaré que cela «ne nous rassure pas. Parce que ce qu'il nous faut, c'est des hausses (de prix)», et non pas seulement un gel des baisses.

«Avoir du lait qui est payé 290 euros la tonne, ce n'est pas concevable», a-t-il souligné. Les éleveurs laitiers estiment que pour couvrir leur frais de production, il leur faudrait au moins 330 euros la tonne.

Sur le terrain aussi, ces annonces ne semblent pas apaiser la colère des agriculteurs, qui ont poursuivi mercredi leurs actions dans plusieurs régions avec notamment le blocage de la rocade de Rennes et de plusieurs hypermarchés dans l'agglomération toulousaine.