Pourquoi un apprenti sur trois ne va pas au terme de son contrat?

FORMATION L'orientation par défaut des jeunes vers cette filière, leur inadéquation aux attentes de l'entreprise et leur manque d'encadrement expliquent en partie ces ruptures de contrat...

Delphine Bancaud

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Alex, apprenti patissier au Grand Vefour dans la brigade de Guy Martin.
Paris, 3/12/2015
Alex, apprenti patissier au Grand Vefour dans la brigade de Guy Martin. Paris, 3/12/2015 — WITT/SIPA

Alors que le gouvernement s’est fixé l’objectif de 500.000 jeunes en alternance d’ici à 2017, le chiffre tombe mal. Les Echos ont révélé ce mardi que 28 % des contrats d’apprentissage ont été rompus avant leur terme théorique. Et un apprenti sur cinq finit par abandonner définitivement la voie de l’apprentissage.

Un taux d’abandon qui est disparate selon les spécialités, souligne Gilles Langlo, président de la Fédération nationale des associations régionales de directeurs de CFA : « Il s’échelonne de 12 % pour les formations en transport logistique à 38,5 % pour l’hôtellerie-restauration. Ce qui s’explique par des conditions de travail plus difficiles dans certains secteurs ».

Moins de ruptures pour les formations du supérieur

Et le taux d’abandon est plus important pour les niveaux V (CAP) et IV (bac, brevet professionnel…) - pour lesquels ils s’élèvent respectivement à 21,6 et 27,1 % - que pour les niveaux de formation au-delà du bac +2. « C’est assez logique car les jeunes qui s’orientent en CAP par exemple, ont généralement été en échec scolaire au collège. Ils arrivent en CFA parfois par dépit », explique Gilles Langlois.

Un défaut d’orientation dont Jean-Jacques Dijoux, directeur général de l’Agefa PME (organe de la CGPME visant à promouvoir l’apprentissage) souligne la responsabilité : « cela prouve que l’apprentissage n’est pas la voie remédiation pour les jeunes en difficulté », insiste-t-il.

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Autre cause de ce taux d’échec important, selon Morgan Marietti, délégué général de l’association nationale des apprentis de France (ANAF) : « l’incapacité de certains apprentis à effectuer correctement les premières missions qui leur sont confiées en entreprise. Du coup, leurs maîtres d’apprentissage les cantonnent à ces premières tâches, ce qui aboutit à terme à le démotiver », explique-t-il. Selon Gilles Langlo, il est donc urgent de « mieux suivre les apprentis durant leurs premiers mois de formation ».

Les solutions de terrain qui ont fait leurs preuves

Le problème étant déjà ancien, de nombreux CFA ont déjà imaginé des solutions astucieuses pour enrayer ces ruptures de contrats. Le Ceproc (Centre Européen des professions culinaires) a ainsi pris le problème à bras-le-corps depuis quelques années. « Nous avons d’abord mis en place des entretiens avec les nouveaux apprentis pour déceler les difficultés qu’ils ont rencontrées dans leur parcours scolaire antérieur afin que l’équipe enseignante puisse mieux les accompagner », explique Maxime Aitkaki, porte-paroles du Ceproc.

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Le responsable de la vie scolaire suit aussi scrupuleusement les retards et les absences des élèves, qui sont des signes avant-coureurs de décrochage. « Depuis deux ans, un psychologue scolaire vient aussi rencontrer les élèves qui en ont besoin, cela permet de dénouer de nombreux problèmes », indique Maxime Aitkaki.

Pour améliorer la communication entre l’apprenti et son entreprise d’accueil, le Ceproc a également mis en place un projet pédagogique innovant : « les nouveaux apprentis réalisent des interviews de leur maître d’apprentissage concernant leur cursus, l’organisation de l’entreprise, ses contraintes… Cela permet de briser l’iceberg qui les sépare », note Maxime Aitkaki. Un arsenal de mesures qui fonctionne car le taux de rupture au Ceproc est passé de 12,4 % en 2012 à 2 % en 2015.

Un meilleur suivi

La région Ile-de-France s’est aussi attaquée au problème des ruptures de contrat, en engageant une démarche qualité depuis 2009. « Elle consiste notamment à ce que les formateurs de CFA anticipent davantage les besoins des entreprises pour mieux préparer les jeunes à remplir leurs premières missions », indique Morgan Marietti. Ce système semble fonctionner puisque le taux de décrochage définitif des apprentis a été ramené à 5,9 % dans la région en 2015.

De son côté, l’Agefa PME veille à mieux prévenir les divorces prémanaturés entre les jeunes et leur entreprise d’accueil : « Nous avons mis en place un numéro d’appel qui permet aux jeunes et aux entreprises de confier leurs difficultés, ainsi que des médiateurs », explique Jean-Jacques Dijoux, dont le réseau n’enregistre que 8 % de ruptures.

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Selon lui, il faudrait toutefois aller plus loin pour limiter les erreurs d’orientation des apprentis : « il faudrait créer une année propédeutique entre la classe de 3e et l’entrée en CFA qui permettrait aux jeunes d’acquérir le socle de connaissances qui leur manque et d’acquérir davantage de maturité avant de se lancer », propose-il. Des idées dont pourra s’inspirer la nouvelle secrétaire d’Etat à la Formation professionnelle, Clotilde Valter, en charge de ce dossier.