Chihuahua, capitale du câblage des avions grâce à Safran

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Un employé mexicain à pied d'oeuvre dans l'une des cinq usines de câblages électriques pour avions dont dispose Safran à Chihuahua, au nord du Mexique, le 12 février 2016
Un employé mexicain à pied d'oeuvre dans l'une des cinq usines de câblages électriques pour avions dont dispose Safran à Chihuahua, au nord du Mexique, le 12 février 2016 — Djallal MALTI AFP

Si le câblage était un pays, Chihuahua en serait la capitale. Dans l'aéronautique, la réalisation de systèmes de câblages électriques pour les avions est une opération complexe dans laquelle l'équipementier Safran s'est imposé comme le numéro un mondial, notamment grâce à sa présence au Mexique.

Le groupe possède, via sa filiale Labinal, cinq usines à Chihuahua, dans le nord du Mexique, à seulement trois heures et demi de la frontière avec les Etats-Unis.

Une position géographique idéale pour répondre aux besoins du marché nord-américain, mais aussi du reste du monde grâce à la compétitivité engendrée par un coût du travail réduit et une main d'œuvre de qualité.

«La productivité des usines ici est parfois meilleure que celle aux Etats-Unis ou en France», explique Alain Sauret, le patron de Labinal Power Systems.

Avec 2.200 heures travaillées par an, l'usine de Chihuahua est en tête du palmarès des sites du groupes, devant le Maroc (2.100 heures), les Etats-Unis (1.900) et la France (1.600).

Mais la productivité n'est pas tout. La qualité du travail dans une activité essentiellement manuelle et dont le coût est lié à la main d'œuvre, est primordiale pour le succès de l'entreprise. Car contrairement aux moteurs, qui représentent le principal de l'activité de Safran, le câblage n'a pas de relais de service, comme la maintenance.

Pour autant, il s'agit d'un élément essentiel dans un avion. La longueur cumulée des câbles électriques d'un A380 est d'environ 530 km, et c'est un problème de câblage chez Airbus qui est à l'origine des retards de l'appareil en 2007.

«Il y a une grande qualité du personnel ici et nous organisons la production selon le même standard unique sur tous nos sites» dans le monde, poursuit Alain Sauret. Le personnel, à 70% féminin, est très méticuleux et impliqué dans son travail, selon lui.

«Ici, ils ne sont pas les derniers à contribuer à l'amélioration des processus de production» du groupe, souligne-t-il. «Chacun veut proposer son apport en termes d'innovation aux processus de fabrication».

- des idées nouvelles -

Ainsi, 7.000 idées nouvelles pour améliorer les processus de fabrication ont été proposées par les salariés de Chihuahua.

Airbus, Boeing, Dassault Aviation, Bombardier, Embraer, Lockheed Martin ou ATR, presque tous les grands acteurs de l'aéronautique voient leurs câbles formés dans ces usines.

Les ateliers de Chihuahua destinés au câblage des Boeing, dont le «Dreamliner» en intégralité, constituent à eux seuls aujourd'hui la plus grande usine de câblage du monde.

«Nous livrons pas loin de 10.000 harnais (sections de câbles formés, ndlr) par semaine», se réjouit Alain Sauret. «L'année dernière, nous avons assemblé 60.000 km de câbles» à Chihuahua.

Résultat, les usines mexicaines représentent aujourd'hui 50% des activités de Labinal dans le câblage, devant le Maroc, les Etats-Unis et la France. Certains concurrents, de plus petite taille comme Latécoère, possèdent également des usines au Mexique.

Cette activité est même devenue une spécialité de la cité mexicaine, qui en fait selon Alain Sauret «la capitale du câblage aéronautique».

C'est en 1996 que Labinal s'est installé à Chihuahua, lorsque l'actuel patron de Safran, Philippe Petitcolin, a réalisé l'acquisition d'une société de 350 personnes, AeroTech, disposant ainsi d'une présence en zone dollar et à coûts réduits.

20 ans plus tard, Safran qui a inauguré la cinquième extension de son site, emploie 4.300 personnes, soit plus des deux tiers de sa présence au Mexique, sur une surface de production de 70.000 m2.

Une nouvelle usine a été inaugurée l'an dernier pour accompagner la montée en cadence de production de l'Airbus A350, dernier-né de l'avionneur européen, dont 20% du câblage est formé à Chihuahua. Une augmentation vertigineuse: Airbus table sur plus de 50 livraisons de son long-courrier cette année, contre 14 en 2015, et vise 110 appareils en 2019.