Pourquoi les agriculteurs sont en colère

SOCIAL Au lendemain d’un « mercredi noir », les éleveurs en colère poursuivent ce jeudi leur mobilisation...

C.B.
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Un agriculteur participe à une manifestation le 1er septembre 2015 à Morlaix
Un agriculteur participe à une manifestation le 1er septembre 2015 à Morlaix — FRED TANNEAU AFP

Le mouvement se poursuit. Après un « mercredi noir », les agriculteurs maintiennent ce jeudi six barrages sur de grands axes routiers de l’Ouest pour « crier leur détresse ». 20 Minutes revient sur les raisons de leur colère.

Pourquoi sont-ils en colère ?

Parce qu’ils ne parviennent pas à vivre de leur travail, leurs productions étant achetées à des prix trop bas. C’est le cas par exemple de Jean-Marc Lohier, producteur de lait à Lanvellec (Côtes-d’Armor). La coopérative lui achète son lait à 30 centimes d’euro le litre. « Mais on nous annonce 27 à 28 centimes prochainement. À 30, on n’y arrive déjà pas, alors à 27… Il nous manque 6 centimes par litre. »

Les éleveurs de porcs sont confrontés aux mêmes difficultés, comme le détaille un agriculteur qui souhaite garder l’anonymat : « Il nous faut 1,40 euro le kg [contre 1,094 actuellement au Marché du porc breton]. Sinon, on ne s’en sort pas. Certains se payent 500 euros par mois pour 70 heures de travail par semaine… D’autres ne peuvent même plus se payer du tout. C’est inadmissible ! » A cette crise structurelle s’ajoutent deux crises sanitaires : celle de la grippe aviaire, qui frappe notamment les éleveurs de palmipèdes à foie gras, et celle de la fièvre catarrhale ovine (FCO), qui touche les producteurs d’ovins et de bovins.

Que réclament-ils ?

L’étiquetage de la provenance de la viande, notamment pour les produits transformés, comme la charcuterie ou la salaisonnerie, et l’arrêt des distorsions de concurrence, en particulier sociales et fiscales, au plan européen. Ce qui ne peut s’obtenir que si le gouvernement français parvient à convaincre ses partenaires européens.

Xavier Beulin, président de la FNSEA, y croit : « Nous attendons que le ministre [de l’Agriculture, Stéphane Le Foll] prenne une initiative forte à Bruxelles pour que sur cette situation de marché, sur cet embargo russe, sur cette nécessité d’avoir un minimum d’information pour le consommateur à travers un étiquetage sur l’origine, les choses bougent et que le premier pays agricole redonne un peu de sens à cette politique agricole européenne ». Les agriculteurs réclament enfin que l’aide financière promise cet été par le gouvernement soit entièrement engagée sur le terrain – d’après les syndicats, moins de la moitié des fonds annoncés seraient actuellement mobilisés.

Que répond le gouvernement ?

Mardi, il a annoncé une nouvelle aide pour les éleveurs d’un montant de 290 millions d’euros. 165 millions seront consacrés aux agriculteurs confrontés aux épizooties. Le reste, soit 125 millions, sera affecté aux éleveurs confrontés à la crise structurelle. Cette somme vient s’ajouter aux 700 millions d’euros d’aide déjà allouée aux éleveurs en juillet dernier.

Au-delà de l’élevage, le gouvernement avait annoncé en septembre un plan plus vaste pour l’ensemble des agriculteurs. Il avait notamment promis de porter les aides versées par l’État, les régions et l’Union européenne à 350 millions d’euros par an pendant trois ans. Il avait également fait de 2015 une « année blanche » pour le remboursement des dettes bancaires des agriculteurs en difficultés qui en feront la demande.

Enfin, il avait décidé de nouveaux allégements de cotisations sociales. Stéphane Le Foll a d’ailleurs rappelé ce mercredi que ces allégements étaient passés de 1,6 milliard d’euros en 2012 à plus de 4 milliards, avant 4,3 milliards prévus en 2017, soit « plus que le budget de l’Agriculture ». Le ministre a également assuré qu’il était prêt à mener « la bataille au niveau européen », tout en précisant que ce combat ne se fera pas « en six mois ».