Manoeuvres à l'approche d'une nouvelle mobilisation des taxis contre les VTC

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Grève des chauffeurs de taxi à Marignagne, près de Marseille, le 26 juin 2015
Grève des chauffeurs de taxi à Marignagne, près de Marseille, le 26 juin 2015 — BERTRAND LANGLOIS AFP

Demande d'application de la loi côté taxis, annonce de l'ouverture de la plateforme d'Uber côté VTC et convocation en correctionnelle: le secteur du transport des personnes était en pleines manoeuvres mercredi à six jours d'une nouvelle mobilisation des taxis.

«Nous pensons que la manifestation risque d'être fortement suivie et très dure», a prévenu Serge Metz, PDG de Taxis G7, lors d'un point presse, ajoutant qu'il y a «beaucoup plus de chauffeurs qu'en (juin) 2015 qui veulent descendre dans la rue».

Les chauffeurs de taxi, qui mettent en cause les «dérives» sur le terrain des voitures de transport avec chauffeur (VTC) - maraude électronique, occupation de la voie publique, racolage et une utilisation détournée des véhicules LOTI (transport collectif de deux à 10 personnes) - ont appelé à une mobilisation nationale à partir de mardi prochain.

«Depuis de nombreuses années, nous dénonçons les pratiques de certains opérateurs qui organisent le travail dissimulé et le transport illégal de personnes. Aujourd'hui, force est de constater que malgré nos appels pour que la loi soit respectée et appliquée sur le terrain, et la multiplication des procédures judiciaires, le nombre de transporteurs illégaux prolifèrent», a indiqué l’intersyndicale des taxis dans un communiqué.

Les manifestations de taxis de juin 2015, en particulier à Paris, s'étaient traduites par des violences. M. Metz a dit craindre de nouveaux débordements, tout en assurant que «selon les chiffres que nous ont donnés les renseignements généraux, 75% des interpellations n'étaient pas des chauffeurs de taxi» ni de VTC, mais «des casseurs».

A l'époque, les chauffeurs s'élevaient contre la «concurrence déloyale» d'UberPOP, service du géant américain du VTC Uber où les chauffeurs n'étaient pas des professionnels dûment formés mais de simples particuliers.

Uber France avait renoncé dans la foulée à UberPOP, dont l'interdiction avait été définitivement confirmée par le Conseil constitutionnel fin septembre.

- Une «nouvelle provocation» d'Uber dénoncée -

Mais le secteur n'est pas pour autant apaisé: le PDG des taxis G7 (8.000 taxis), qui estime que les VTC représentent une «concurrence saine et normale tout à fait positive à partir du moment où ils respectent la loi», affirme que «70% des prestataires trichent», affichant un test mené «sous contrôle d'huissier».

C'est dans ce contexte que le directeur général d'Uber France, Thibaud Simphal, a annoncé mercredi que son entreprise voulait ouvrir sa plateforme électronique de réservation aux chauffeurs de taxis, dans la foulée d'une décision du Conseil constitutionnel qui a estimé vendredi dernier qu'un chauffeur de taxi pouvait aussi être conducteur de VTC.

Il s'agirait, a-t-il précisé lors d'une conférence, de «permettre aux taxis d'être réservés sur une plateforme de VTC, en tant que VTC, en conduisant une voiture qui ne serait pas un taxi».

Mais l'Union nationale des Taxis (UNT) a remarqué dans un communiqué que la décision des Sages n'exonérait pas les taxis de se doter d'une carte professionnelle de VTC. Pour elle, «Uber tente encore une fois de contourner tant les décisions de justice que la réglementation en laissant croire que n'importe qui peut exercer l'activité de VTC sans être détenteur de la carte professionnelle».

Et Karim Asnoun (CGT-taxis) a estimé qu'Uber, avant la manifestation de mardi prochain, lançait «une nouvelle provocation, leur communication favorite». Uber «nous demande: +laissez votre taxi au garage et prenez votre voiture personnelle+. Ils veulent nous imposer leurs règles, eux qui sont les premiers à bafouer les lois», a-t-il dénoncé à l'AFP.

Autre développement mercredi dans le secteur, deux dirigeants de Heetch, jeune start-up française concurrente de l'ex-UberPOP, seront jugés en correctionnelle en juin, soupçonnés de concurrence illégale avec les taxis, a appris l'AFP de source judiciaire.

L'un des deux dirigeants, le co-fondateur Teddy Pellerin, a affirmé que «nous profiterons de cette procédure pour expliquer notre modèle et prouver notre légitimité» et relevé «la coïncidence des dates entre la procédure engagée contre les dirigeants de Heetch et la manifestation annoncée des taxis» mardi.