Carburants: Pourquoi les prix sont-ils si bas (et cela va-t-il durer)?

ENERGIE « 20 Minutes » répond aux questions que vous vous posez (peut-être) sur les prix du pétrole...

Céline Boff
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Des pompes à essence dans une station-service, le 16 janvier 2015 sur l'autoroute A25 dans le nord de la France
Des pompes à essence dans une station-service, le 16 janvier 2015 sur l'autoroute A25 dans le nord de la France — Philippe Huguen AFP

Du jamais vu depuis six ans. La semaine dernière, les litres de gazole et de sans-plomb se sont vendus à des prix extrêmement bas, les mêmes qu’en 2009. 20 Minutes vous dit tout sur ces tarifs.

Combien coûte un litre de carburant ?

La semaine dernière, le litre de gazole valait en moyenne 0,9935 euro, soit son niveau le plus bas depuis le 17 juillet 2009, lorsqu’il atteignait 0,9850 euro le litre. Cela représente, d’après les calculs de 20 Minutes, une baisse de -25 % depuis mi-2014 et de -32 % depuis le pic d’août 2012. Le litre d’essence sans-plomb a également baissé pendant la semaine de Noël, revenant aux prix de décembre 2009. Dans le détail, le litre de SP95 valait en moyenne 1,2531 euro, soit une baisse de -19 % depuis mi-2014 et de -24 % depuis le pic d’août 2012. Le SP98 s’affichait lui à 1,3136 euro le litre, soit une baisse de -18 % depuis mi-2014 et de -23 % depuis le pic d’août 2012.

Pourquoi les prix des carburants sont-ils si bas ?

Parce qu’ils suivent les évolutions des cours du pétrole brut, qui s’effondrent depuis un an et demi. A l’heure actuelle, les barils de WTI et Brent valent moins de 37 dollars, contre respectivement plus de 106 euros et plus de 114 euros en juin 2014. Soit des baisses respectives de -65 % et -67 %. Pourquoi ? Tout simplement parce que « la demande diminue au niveau mondial en raison du ralentissement de la croissance, et que dans le même temps, l’offre augmente avec la montée en puissance des pétroles non conventionnels, notamment le pétrole de schiste américain », répond Thomas Porcher, économiste spécialisé dans le pétrole. Résultat, les stocks s’accumulent, tirant les prix vers le bas. Si cette baisse est remarquable, elle n’est toutefois pas exceptionnelle, comme le note Nicolas Chéron, stratégiste chez CMC Markets France : « La situation actuelle est une répétition de ce qu’il s’est déjà passé lors des 30 dernières années, à plusieurs reprises ».

Pourquoi les prix à la pompe ne baissent-ils pas davantage ?

D’après les calculs de 20 Minutes, le prix du baril a baissé de -65 % depuis mi-2014 contre une baisse de « seulement » -25 % et -18 % pour les prix du gazole et de l’essence. Pourquoi le recul est-il moins fort à la pompe ? D’abord parce que le pétrole s’achète en dollars et que l’euro ne cesse de perdre de la valeur. Ainsi, en juin 2014, on achetait avec 1 euro l’équivalent de 1,37 dollar de pétrole. Aujourd’hui, avec le même euro, on n’achète plus que l’équivalent de 1,09 dollar de pétrole. Soit 20 % de quantité en moins. Ensuite, parce que vous payez surtout des taxes lorsque vous achetez un litre de carburant et si la TVA est proportionnelle, ce n’est pas le cas de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (l’ex-TIPP), qui est fixe. Enfin, en achetant un litre de carburant, vous payez également des coûts de logistique, de distribution ou encore de raffinage, qui ne baissent pas. Au contraire : comme les raffineries et les distributeurs se portent mal, ils ne répercutent pas entièrement la baisse des prix du pétrole car cela leur permet de restaurer leurs marges.

Les prix à la pompe vont-ils rester bas ?

Ils augmenteront dès le 1er janvier, puisque les taxes vont progresser de 0,035 euro par litre de gazole et de 0,02 euro par litre de SP95. Cette hausse pourrait toutefois passer quasi inaperçue si les cours du pétrole continuent de flancher. Ce qui n’est pas impossible puisque l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), dont les 12 pays membres produisent près de 40 % du pétrole extrait dans le monde, refuse toujours de baisser sa production. Et que l’Iran a bien l’intention d’augmenter la sienne et de l’exporter, ce que le pays fera dès que les sanctions économiques occidentales seront levées, soit début 2016. Pour autant, la situation ne durera pas éternellement : « Historiquement, le pétrole a toujours repris +30 % à +100 % de sa valeur lors des deux années qui ont suivi ses prix les plus bas », note Nicolas Chéron. Le pétrole a-t-il déjà atteint son prix le plus bas ? Personne ne le sait. Seule certitude, comme le souligne Mathieu Plane, de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), la baisse des prix des carburants a permis en 2015 « de réinjecter près de 20 milliards d’euros dans l’économie française : dix milliards pour les ménages et dix milliards pour les entreprises ».