Le lexique de la crise des «subprimes»: la Banque centrale européenne n'a pas prêté 250 milliards d'euros, mais au maximum 94,8

DECRYPTAGE La crise boursière fait appel à un vocabulaire de spécialistes...

Guillaume Guichard

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L'industrie américaine a connu en octobre sa plus faible croissance en trois ans, en raison des difficultés du secteur automobile et de l'immobilier, avec un indice ISM en baisse à 51,2% contre 52,9% en septembre, a indiqué mercredi le groupement national des directeurs d'achats du secteur.
L'industrie américaine a connu en octobre sa plus faible croissance en trois ans, en raison des difficultés du secteur automobile et de l'immobilier, avec un indice ISM en baisse à 51,2% contre 52,9% en septembre, a indiqué mercredi le groupement national des directeurs d'achats du secteur. — Joe Raedle AFP/Getty/Arch.

Depuis deux semaines, pas un JT ou un journal qui ne parle de la crise boursière, en utilisant le jargon technique des financiers. Difficile à décrypter pour les non initiés, nous vous proposons de détricoter ces mécanismes.

... Dernière mise à jour: lundi 20 août. Ou pourquoi les banques centrales n'ont pas autant «injecté» d'argent frais qu'annoncé (voire paragraphe sur les injections)

Ce lexique est un article vivant : vous pouvez nous poser des questions, apporter des précisions, commenter, demander d’autres mots, etc. De notre côté, nous apporterons d’autres «entrées» dans ce lexique de la crise.

Crédit immobiliers hypothécaires, ou «mortgage»
C’est le type de crédit le plus utilisé dans les pays anglo-saxons. Le bien acheté à crédit est hypothéqué auprès du prêteur. Ce qui veut dire qu’en cas de défaut de paiement, la banque peut se payer en vendant la maison. Le taux d’intérêt le plus souvent souscrit est variable.

Avec ce système, le pouvoir d’achat des ménages dépend très largement de la valeur du bien immobilier. Ainsi, lorsque la valeur de la pierre chute comme c’est le cas actuellement, et que les taux d’intérêt augmentent, les ménages voient leurs revenus diminuer car ils doivent rembourser plus. Et leur capacité d’emprunt diminue.

=> Exemple. Lorsqu’un ménage emprunte pour acheter une maison à 100.000 dollars dont la valeur augmente de 50%, il peut demander une rallonge d’autant de son crédit. Pour acheter une voiture ou un home cinéma.

«Subprimes» ou prêts hypothécaires à risques
C’est le «mortgage» des moins bien lotis. Et la source des problèmes de la bourse aujourd’hui. Au départ, ce sont des crédits hypothécaires à risque, parce qu’accordés avec des taux d’intérêt très élevés (jusqu’à 18%) aux ménages les moins riches outre-Atlantique.

Un couple à faible revenu est beaucoup plus sensible à la hausse des taux. Comme ceux-ci ont augmenté ces derniers mois, les ménages les plus pauvres ont de plus en plus de difficultés à rembourser leurs traites. Et comme, dans le même temps, les prix de l’immobilier ont chuté, les ménages les plus pauvres ont dû vendre, augmentant encore plus la baisse des prix de la pierre. Résultat, les instituts de crédit et les banques ne peuvent plus se dédommager avec la vente de la maison. D’où des faillites des institutions de crédit qui avaient joué avec le marché un temps attractif des «subprimes».

Titrisation
Une banque vous prête 100 euros. Puis décide de ne plus gérer cette créance, parce qu’elle estime, par exemple, que vous représentez un trop gros risque. Elle la vend à un autre opérateur, qui touche lui-même le taux d’intérêt et gère l’emprunt à la place de votre banque. Voir peut le revendre à une tierce société, qui elle-même peut en vendre une partie à une autre, etc… Ce mécanisme, la titrisation, contribue à noyer le risque en le divisant entre beaucoup d’acteurs. Dans le même temps, il rend très difficile l’identification de l’origine des fonds.

La crise s’est propagée par la généralisation de la titrisation des prêts «subprimes», considérés jusqu’au début de la débâcle comme des placements plutôt sûrs (lire plus bas agence de notation). Par exemple, la BNP a annoncé avoir gelé trois fonds parce que ceux-ci contiennent des «subprimes» et qu’elle était incapable d’en mesurer la valeur.

Les fonds d’investissement
Ces sociétés investissent sur différents marchés pour faire fructifier l’argent qu’ils gèrent pour leurs clients, des grosses fortunes par exemple. Les fonds dit «spéculatifs», ou «hedge funds», sont de véritables «formule un» de la finance. Ils rapportent gros, et rapidement. Mais sont très exposés au risque. Certains ont choisi d’investir dans les «subprimes». La faillite de plusieurs d’entre eux a affolé les marchés.

Marchés financiers
Il existe plusieurs types de marchés financiers: actions, obligations (comme celles émises par le Trésor public pour financer la dette française), marché monétaire (échanges de capitaux d’une monnaie à une autre). Un marché baisse quand il y a plus de vendeurs que d'acheteurs, et peut même s'effondrer si les acheteurs le fuient. Actuellement, les investisseurs fuient le marché actions pour se réfugier vers les obligations d’Etat par exemple, jugées plus sûres. D’où, en partie, la baisse des Bourses.

Les banques centrales
Par exemple, la Fed (banque fédérale américaine) ou la Banque centrale européenne (BCE). Elles ont pour mission de diriger la politique monétaire et de garder l’inflation sous contrôle. Leur principal instrument est le taux d’intérêt directeur que les banques suivent pour fixer les taux d’intérêt à leurs clients comme les entreprises, ou vous et moi. Les banques centrales l’abaissent pour stimuler l’économie. Il devient alors moins cher d’emprunter pour consommer ou pour investir. Elles augmentent au contraire le taux directeur si elles veulent freiner la croissance pour éviter la surchauffe. Lire aussi ci dessous.

Injection
Terme pas très technique, mais très imagé - qui vient sûrement du cyclisme. Il désigne le deuxième outil des banques centrales: l’octroi de prêts au jour le jour aux banques en manque de cash, ou «liquidités». Et oui, il s’agit de prêts, et non pas de dons. Les banques contractent ces prêts pour faire face à leurs besoins de trésorerie. La semaine dernière, les banques centrales ont utilisé les injections massives d’argent frais pour permettre aux banques de faire face à leurs besoins de financement. En temps normal, les banques se prêtent entre elles. Mais, à cause de la crise des «subprimes», elles ne se font plus confiance et ne veulent plus se délivrer de prêts à des taux raisonnables.

Les banques centrales créent de la monnaie en injectant des liquidités. Mais comme il s’agit de prêts au jour le jour, l’argent retourne vite dans les caisses des banques centrales qui s’empressent de détruire la monnaie tout juste créée, à l’exception des intérêts. L’injection record de la Banque centrale européenne (BCE) du jeudi 9 août a ainsi coûté 33 milliards d’euros en intérêts aux banques privées. Une somme qui a fini sur le compte de la BCE.

Nouveau. Ajouté le lundi 20 août... Pan sur les doigts ! Contrairement aux calculs des journalistes, la BCE n’a pas injecté plus de 250 milliards d’euros en une semaine de crise. Comme elle prête au jour le jour, les 94,8 milliards d’euros prêtés le 9 août ne peuvent s’additionner aux 61,05 milliards avancés le vendredi. Ce qu’elle prête un jour est remboursé le lendemain. Exemple «purement théorique» repris sur le blog de l’économiste Olivier Bouba-Olga: «la BCE prête 100 lundi matin, se fait rembourser les 100 mardi matin, elle prête de nouveau 90 mardi matin, qu’elle se fait rembourser mercredi matin. Au total, elle a prêté au maximum 100, non pas 190.»

Les banques centrales ont été accusées par certains d’être des pompiers pyromanes. En utilisant la plus grosse des lances à incendie - l'injection massive de liquidités, elles auraient contribué à affoler les marchés.

Agences de notation
Ces sociétés ont pour rôle d’évaluer le risque de tel ou tel placement grâce à une note. Les plus sûrs, comme les obligations d’Etat reçoivent un «triple A». Les plus risquées se voient affligées d’un «D» ou d’un «C», suivant les agences. Ces agences sont sur la sellette depuis le début de la semaine pour avoir donné de trop bonnes notes aux «subprimes». Elles sont soupçonnées de conflit d’intérêt: elles sont payées par les entreprises qu’elles notent et non pas par celles qui utilisent leur système. La Commission européenne va diligenter une enquête.