Chine: «disparition» du président du conglomérat Fosun, titres suspendus en Bourse

Le conglomérat chinois Fosun ropriétaire du Club Med - a ...

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Le PDG de Fosun, Guo Guangchang, à Paris le 29 juin 2010
Le PDG de Fosun, Guo Guangchang, à Paris le 29 juin 2010 — ERIC PIERMONT AFP

Le conglomérat chinois Fosun - propriétaire du Club Med - a perdu tout contact avec son président, une «disparition» potentiellement liée à des enquêtes des autorités, a rapporté le magazine Caixin et les titres des filiales du groupe étaient suspendus vendredi aux Bourses de Shanghai et Hong Kong.

Guo Guangchang, milliardaire de 48 ans et emblématique figure des milieux d'affaires chinois, ne «peut plus être joint» depuis jeudi midi, a indiqué Caixin dans un article mis en ligne jeudi soir, citant des sources non identifiées.

«On ne sait pas encore s'il est placé sous enquête ou s'il apporte son concours à une enquête» visant une tierce personne, avance le magazine, publication réputée pour son ton incisif et ses informations fiables.

Caixin rapporte des témoignages publiés sur les réseaux sociaux, décrivant M. Guo emmené par la police dans un aéroport shanghaïen.

Le portail d'informations Sohu affirme quant à lui vendredi, en citant plusieurs sources, que le milliardaire était simplement interrogé dans le cadre de l'enquête pour corruption visant Ai Baojun, vice-maire de Shanghai, et qu'il pourrait être libéré d'ici à dimanche.

Contactée par l'AFP, Tina Law, porte-parole de Fosun, s'est refusée à tout commentaire, en raison d'«informations sensibles pouvant avoir un impact en Bourse». Mais «Fosun continue ses opérations de façon parfaitement normale».

Les échanges sur les titres de ses filiales Fosun International et Fosun Pharmaceutical étaient cependant suspendus vendredi à la Bourse de Hong Kong. Les actions de plusieurs sociétés de Fosun cotées à Shanghai étaient également gelées.

Fosun International et Fosun Pharmaceutical ont indiqué dans des communiqués s'être retirés des échanges «dans l'attente de la publication d'une annonce contenant des informations d'ordre interne».

Guo Guangchang est la 17e personne la plus riche de Chine, avec une fortune de 5,6 milliards de dollars, selon l'agence Bloomberg.

Son conglomérat Fosun est l'une des plus grosses firmes privées du pays, sa filiale phare --Fosun International-- comptant quelque 50 milliards de yuans d'actifs (7,07 milliards d'euros).

A la tête d'activités très diverses, de l'immobilier à l'assurance, des loisirs à la sidérurgie, Fosun est aussi connu pour ses percées obstinées à l'étranger.

- 2 ans de bataille acharnée pour le Club Med -

Après deux ans de bataille acharnée, il a pris début 2015 le contrôle du Club Med, spécialiste français des clubs de vacances.

Il a également acquis 5% du voyagiste britannique Thomas Cook, pris une importante participation dans le «Cirque du soleil» canadien, et racheté des compagnies d'assurances aux Etats-Unis et au Portugal.

Des rumeurs avaient déjà fait état à plusieurs reprises d'enquêtes visant Guo Guangchang, dans le cadre de la vaste campagne anticorruption lancée par le président Xi Jinping, destinée à assainir le Parti communiste mais qui n'épargne pas non plus les milieux économiques.

Quand Wang Zongnan, patron de la chaîne de distribution Bailian, avait été condamné en août à 18 ans de prison pour détournement de fonds et corruption, le verdict du tribunal avait mentionné ses étroites relations avec M. Guo, rapporte Caixin.

Il n'est pas rare en Chine d'apprendre la «disparition» de responsables publics ou de dirigeants d'entreprises bien avant l'annonce formelle d'une enquête de la police, des instances de régulation ou de la puissante autorité anticorruption du Parti communiste.

Dernier exemple en date: l'entité hongkongaise d'une grande maison de courtage, Guotai Junan Securities, avait reconnu fin novembre avoir perdu le contact avec son président depuis une semaine. Dans la foulée, son titre avait dévissé de 12% à Hong Kong.

Quelque jours plus tard, trois des principales firmes de courtage chinoises déclaraient être visées par des enquêtes des régulateurs, signe que Pékin intensifiait son offensive contre le secteur financier quelques mois après le spectaculaire krach des Bourses locales.