Retour aux sources italiennes pour le chausseur Sergio Rossi, cédé par Kering

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Des bottes présentées dans un show room Sergio Rossi pour la collection automne/hiver 2008/2009 à Milan, le 20 février 2008
Des bottes présentées dans un show room Sergio Rossi pour la collection automne/hiver 2008/2009 à Milan, le 20 février 2008 — CHRISTOPHE SIMON AFP

Le chausseur de luxe Sergio Rossi va retrouver ses racines italiennes après l'annonce mercredi de son rachat par le fonds Investindustrial au français Kering, pour lequel la marque n'avait pas atteint les performances espérées.

Investindustrial, détenu par l'homme d'affaires transalpin Andrea Bonomi, a finalement été retenu par Kering parmi divers candidats dont les noms circulaient depuis plusieurs derniers mois.

Le processus de cession du chausseur avait été entamé au second semestre 2014 à l'issue d'une revue stratégique menée par le groupe de François-Henri Pinault: d'un point de vue comptable, les performances de la marque - relativement modeste en comparaison avec ses mastodontes d'envergure mondiale comme Gucci, Bottega Veneta ou Saint Laurent - n'étaient de fait «plus intégrées au résultat des autres marques de luxe» de Kering.

En 1999, Gucci Group - soit les activités Luxe de PPR, devenu aujourd'hui Kering - avait acquis 70% de Sergio Rossi pour quelque 96 millions de dollars, puis avait racheté à la famille Rossi les 30% restants en 2005.

Mais les ventes du chausseur n'avaient cessé de baisser depuis une dizaine d'années, passant de 99 millions d'euros en 2004 à 83 millions en 2014, sans dégager de marge, selon les estimations des analystes car Kering ne détaille pas les comptes de chacune ses marques.

Dans leur communiqué commun, Kering et Investindustrial ne détaillent pas le montant de la transaction - qui prévoit la cesssion de 100% du capital du chausseur - indiquant seulement qu'elle sera finalisée «dans les prochaines semaines».

«Cet accord permettra à la marque Sergio Rossi de poursuivre son développement aux côtés d'un partenaire stratégique lui offrant un soutien solide et des perspectives de croissance à long terme», est-il souligné.

«Nous sommes actuellement partenaires de marques leaders telles qu’Aston Martin, Flos, B&B Italia, qui se développent à l’international. C’est la même trajectoire de croissance que nous ambitionnons pour Sergio Rossi», résume M. Bonomi, cité dans le communiqué.

- «bonne nouvelle» pour Kering -

Basée à Milan, la maison Sergio Rossi, fondée dans les années 1950, vend principalement des souliers féminins haut-de-gamme, en concurrence avec des enseignes comme Louboutin ou Jimmy Choo, ainsi que quelques modèles pour homme et des accessoires. Ses modèles apparaissent régulièrement aux pieds des stars, et sont vendus dans quelque 80 magasins dans le monde.

«C'est une bonne nouvelle pour Kering: Sergio Rossi était un peu une exception à la règle car les autres +petites+ marques acquises par le groupe comme Stella McCartney, Bottega Veneta ou McQueen marchent très bien, alors que Sergio Rossi a toujours perdu de l'argent», a commenté à l'AFP Luca Solca, analyste chez Exane BNP Paribas.

Selon lui, le fonds Investindustrial «devra trouver la bonne formule et le bon positionnement pour la marque, car si elle reste connue elle n'est pas aussi attractive que Louboutin ou Jimmy Choo».

«La cession n’est pas une surprise», relève un analyste de Crédit Mutuel CIC dans une note. «Dans un marché du soulier féminin plus dynamique que l’ensemble de l’industrie Luxe et Mode depuis 5 ans, la croissance de la marque a été décevante, sous-performant Jimmy Choo, Roger Vivier et Louboutin».

«Face à un coût d’acquisition proche de 140 millions d'euros, nous avions retenu une valeur fondamentale de 55 millions. Une transaction aura probablement permis de matérialiser une valeur un peu plus importante, probablement autour de 80 millions», a estimé CM-CIC pour qui cette cession «ne bouleversera pas les équilibres financiers de Kering mais traduit une volonté d'optimisation de la rentabilité économique».

Les ventes de Kering - qui détient une vingtaine de marques - continuent de progresser mais sa croissance organique s'essouffle en raison notamment des difficultés persistantes de sa marque-phare Gucci pour laquelle une fin d'année plus favorable est espérée.

Investindustrial gère quelque 2,9 milliards d'euros d'actifs. Andrea Bonomi avait renoncé début 2015 à son OPA sur le Club Med, qui l'avait opposé pendant plusieurs mois au fonds chinois Fosun, non sans empocher une forte plus-value au passage.