Des territoires sans chômeur de longue durée: «C'est une utopie réaliste»

INTERVIEW Le député PS Laurent Grandguillaume détaille sa proposition de loi visant à éradiquer le chômage de longue durée dans certains territoires...

Propos recueillis par Céline Boff

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Laurent Grandguillaume, député PS.
Laurent Grandguillaume, député PS. — DR

Délivrer certains territoires du chômage de longue durée. C’est l’ambition d’une proposition de loi débattue ce mercredi à l’Assemblée nationale. Comment ce texte compte-t-il éradiquer cette catégorie de chômage, qui a progressé de +150 % ces huit dernières années ? 20 Minutes a posé la question à Laurent Grandguillaume, député PS à l’origine de la proposition de loi.

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En quoi consiste votre proposition de loi ?

Elle consiste à lancer une expérimentation pendant cinq ans dans 10 territoires ruraux, périurbains et urbains défavorisés. L’idée est de proposer à des chômeurs de longue durée, c’est-à-dire à des personnes à la recherche d’un emploi depuis plus d’un an, un CDI rémunéré au Smic. Ils seront employés dans des structures créées pour l’occasion afin de répondre aux besoins de la population non satisfaits par les entreprises locales (déneigement, bricolage, courses, etc.).

Mais comment seront financés ces emplois ?

Par les économies liées à la sortie du chômage de ces personnes. Concrètement, l’Etat, les Régions et les Départements vont se servir de l’argent qu’ils utilisent déjà pour accompagner ces demandeurs d’emploi (RSA, contrats aidés, formation, etc.) afin de financer leurs salaires. Ce qui représente environ 15.000 euros par an et par personne – hors allocation-chômage. Au total, nous allons mobiliser dans cette expérimentation un peu plus de 10 millions d’euros par an.

Cette opération entraînera-t-elle des dépenses supplémentaires pour la France et donc, pour les contribuables ?

Non. Nous voulons prouver que ce système peut fonctionner à budget constant, c’est-à-dire en mobilisant les 15.000 euros par personne que nous dépensons déjà. Nous espérons même démontrer qu’il coûtera in fine moins cher à la France puisque certains coûts indirects disparaîtront. Par exemple, nous savons que les personnes les plus éloignées de l’emploi ont davantage de problèmes de santé. Leur permettre de retrouver un CDI épargnera donc ces dépenses. Si l’expérimentation porte ses fruits, elle sera étendue à tous les territoires qui se porteront candidats.

Il existe déjà plusieurs dispositifs pour lutter contre le chômage de longue durée. Pourquoi pensez-vous que cette expérimentation peut changer la donne ?

Parce qu’elle est complémentaire. Ce projet, qui a été imaginé par ATD Quart-Monde, une ONG spécialisée dans la lutte contre la pauvreté et l’exclusion, et qui est soutenu par de nombreuses associations – Emmaüs, le Secours catholique, etc. – me semble plus efficace pour lutter contre le chômage de longue durée parce qu’il s’appuie sur des structures locales, qui connaissent bien les réalités de leur territoire. Avec cette expérimentation, résorber le chômage de longue durée devient une utopie réaliste.

Quand débutera cette expérimentation ?

La proposition de loi devrait être adoptée ce mercredi soir par l’Assemblée nationale. Je suis confiant : elle est bien reçue par le PS, mais également par les radicaux de gauche et par l’UDI. Elle sera débattue en janvier au Sénat et, si elle est adoptée, elle devrait être promulguée en mars. Si bien que les fonds pourront être versés aux structures locales qui seront créées dès l’été prochain.