Le FMI change la règle qui menaçait son aide à l'Ukraine, colère de la Russie

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Le FMI a décidé de modifier une règle interne qui menaçait la poursuite de son plan d'aide à l'Ukraine, au risque de se voir accusé de céder à des pressions politiques
Le FMI a décidé de modifier une règle interne qui menaçait la poursuite de son plan d'aide à l'Ukraine, au risque de se voir accusé de céder à des pressions politiques — MANDEL NGAN AFP

Le FMI a décidé mardi de modifier une règle interne qui menaçait la poursuite de son plan d'aide à l'Ukraine, provoquant la colère de la Russie qui a dénoncé une décision «hâtive et biaisée».

Jusqu'à présent, le Fonds monétaire international (FMI) était dans l'incapacité d'apporter son assistance financière à un pays ayant fait défaut vis-à-vis d'un autre Etat.

Cette disposition était particulièrement problématique dans le cas de l'Ukraine, qui bénéficie d'un plan d'aide de 17,5 milliards de dollars du FMI depuis mars et qui est sur le point de faire défaut vis-à-vis de la Russie.

Etouffé financièrement par l'insurrection dans l'est du pays, Kiev a ainsi fait récemment savoir qu'elle ne rembourserait pas les 3 milliards de dollars dus à la Russie avant la fin de l'année et qui avaient été prêtés par Moscou à l'ancien régime.

Dans l'état actuel des choses, un tel défaut aurait mécaniquement conduit le FMI à suspendre son soutien à l'Ukraine, soutenue à bout de bras par les Occidentaux et notamment les Américains.

Conscient de ce risque, le FMI avait récemment indiqué avoir mené une réflexion sur cette question qui a abouti mardi après une réunion de son conseil d'administration, l'instance représentant ses 188 Etats-membres.

«Le conseil d'administration du FMI s'est réuni aujourd'hui et a décidé de changer la règle actuelle sur le refus d'arriérés de paiement vis-à-vis de créanciers officiels (publics, ndlr)», a déclaré mardi le porte-parole du FMI, Gerry Rice.

L'ampleur du changement et ses modalités n'ont toutefois pas été dévoilées et seront précisées «dans les prochains jours», a-t-il ajouté.

La Russie a aussitôt laissé éclater sa colère. «La décision de changer la règle semble hâtive et biaisée», a réagi le ministre russe des Finances, Anton Siluanov.

«C'est uniquement fait pour nuire à la Russie et pour permettre légalement à l'Ukraine de ne pas payer ses dettes», a-t-il ajouté, selon des agences de presse russes.

Fin octobre, la Russie avait déjà dit craindre un changement «à marche forcée» de cette règle interne «dans un contexte très politisé». En creux, Moscou suggérait que le FMI était tentée de céder à la pression des Etats-Unis, son premier actionnaire.

M. Siluanov n'est pas allé aussi loin mardi mais a estimé que les problèmes de la dette ukrainienne aurait pu être réglés sans mal si le Congrès des Etats-Unis ne bloquait pas la réforme du FMI doublant les ressources de l'institution.

«Le refus des Etats-Unis de s'attaquer à la ratification de la capitalisation du FMI -- qui aurait pu être utile pour régler les problèmes de dette de l'Ukraine-- est scandaleuse», a taclé le ministre.

Le Fonds a, de son côté, tenté de désamorcer ces critiques en rappelant que le débat sur cette règle était déjà engagé en son sein en 2013, bien avant le déclenchement de la crise ukrainienne.