Après Altice, Orange...Bouygues Telecom, objet de toutes les attentions

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Photo prise le 24 février 2014 à Lille montrant le logo de l'opérateur Bouygues Telecom
Photo prise le 24 février 2014 à Lille montrant le logo de l'opérateur Bouygues Telecom — PHILIPPE HUGUEN AFP

Moins de six mois après un assaut du groupe Altice, l'opérateur Bouygues Telecom, ainsi que la chaîne TF1, se retrouvent au centre de spéculations sur un intérêt émanant cette fois d'Orange, qui étudie différentes possibilités de consolidation en Europe, selon des sources proches du dossier.

D'après l'agence de presse Bloomberg, Orange a entamé des discussions préliminaires pour racheter les activités télécoms et médias de Bouygues. Si l'accord se concrétisait, Bouygues retiendrait une participation minoritaire dans les activités cédées, a affirmé Bloomberg en citant trois sources proches du dossier.

Presque aussitôt, tant Orange que le groupe Bouygues, maison-mère de Bouygues Telecom et Orange, ont démenti toute discussion à ce sujet, refusant «de commenter des rumeurs de presse qui animent artificiellement le marché».

Le groupe de construction, qui contrôle TF1 depuis 1987 et le troisième réseau de télécoms français créé en 1994, a «réaffirmé son ancrage durable dans ces deux industries», dans un communiqué.

Interrogé par l'AFP, le ministre de l'Economie Emmanuel Macron s'est refusé à tout commentaire sur ce qu'il a qualifié de «rumeurs de marché».

Ces nouvelles spéculations ont effectivement agité la bourse, les titres de TF1 et Bouygues, prenant jusqu'à 4% à l'ouverture de la Bourse de Paris, avant de réduire leur progression à environ 2,5% à 10H30 GMT. De son côté, Orange ne gagnait que 1%.

Un analyste parisien a jugé «faible (la) probabilité de réalisation de cette opération», soulignant que c'est «la convergence fixe-mobile» qui est au cœur de la stratégie d'Orange, et non «la convergence télécoms-média».

De source proche du dossier, on a aussi parlé d'une «nouvelle rumeur sans fondement».

«La ligne +officielle+ chez Orange reste la même: la consolidation du marché reste une nécessité, mais il n'y a pas d'initiative en la matière de la part d'Orange. Il n'y a rien de concret et de nouveau sur le sujet», a-t-on expliqué de même source à l'AFP.

- «Bouygues Telecom ne peut pas rester indépendant» -

«On est dans la pure spéculation», a renchéri auprès de l'AFP Didier Pouillot, responsable économie des télécoms à l'Idate, «il faut rester très prudent sur les chances d'aboutissements d'une éventuelle opération de ce type, qui amènerait à l'apparition d'un opérateur extrêment puissant. Il y a peu de chance que les régulateurs laissent faire».

Toutefois, «à terme, Bouygues Telecom ne peut pas rester indépendant», a nuancé Frédéric Ichay, avocat associé au cabinet Pinsent Masons, «ils n'ont pas forcément une vision à long terme dans les faits, mais plutôt de conservation de valeur, via les derniers investissements réalisés».

En mettant la main sur son concurrent et TF1, Orange renforcerait sa convergence entre contenus et réseaux, une stratégie «qui n'est pas nouvelle pour Orange mais qui lui permettrait de passer à la vitesse supérieure», a ajouté M. Ichay.

«Bouygues a refusé l'offre d'Altice et il y a peu de chance qu'Iliad (maison-mère de Free Mobile, propriété de Xavier Niel, ndlr) se lance, il ne reste donc qu'Orange. A moins qu'un opérateur étranger ne vienne taper à la porte de Bouygues pour faire une proposition», a ajouté Frédéric Ichay.

En juin dernier, Bouygues Telecom avait fait l'objet d'une offre non-sollicitée à 10 milliards d'euros de la part d'Altice, maison-mère de Numericable-SFR et appartenant à l'homme d'affaires Patrick Drahi, également propriétaire de L'Express, Libération et prochainement du groupe audiovisuel NextRadioTV (BFM-TV, RMC).

Le conseil d'administration de Bouygues avait alors rejeté la proposition à l'unanimité, évoquant «un risque d'exécution important qu'il ne revient pas à Bouygues d'assumer, en particulier en matière de droit à la concurrence».

Dans ce domaine, les positions des régulateurs, notamment au niveau européen, ont évolué, ce qui compliquerait ultérieurement un éventuel rapprochement entre Orange et Bouygues Telecom. «La Commission européenne semble se montrer moins ouverte que par le passé à la consolidation et elle observe de très près toutes les opérations en ce sens», selon M. Pouillot.