«Trading haute fréquence»: l'américain Virtu et l'opérateur Euronext écopent d'une amende de 5 M EUR chacun (AMF)

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La salle des marchés d'Euronext à La Défense, près de Paris, le 12 novembre 2015
La salle des marchés d'Euronext à La Défense, près de Paris, le 12 novembre 2015 — KENZO TRIBOUILLARD AFP

La Commission des sanctions de l'AMF, le gendarme boursier français, qui s'attaquait pour la première fois au «trading à haute fréquence», a infligé une lourde amende de 5 millions d'euros à la fois au spécialiste américain de ces transactions, Virtu, et à l'opérateur boursier Euronext, selon une décision publiée mardi.

La Commission, seule habilitée à prononcer des sanctions, a été plus sévère pour Euronext que les réquisitions du Collège de l'Autorité des marchés financiers (AMF) qui avait demandé une amende de 4 millions d'euros.

Le «trading à haute fréquence» (HFT) utilise des ordinateurs surpuissants et calculs algorithmiques pour passer une multitude d'ordres sur les marchés en un temps record et prendre de vitesse tous les autres acteurs.

Cela renforce du coup le risque de «flash crash» ou krach éclair marqué par une chute aussi spectaculaire que rapide d'un indice boursier ou du cours d'une action. S'il n'y a pas de chiffres officiels, les experts du secteur évaluent la présence du HFT à entre 30 et 40% dans les transactions en Europe, et à entre 50 et 60% aux États-Unis.

Il est reproché à Virtu, l'un des spécialistes mondiaux du HFT, d'avoir manipulé les cours de 27 titres de l'indice CAC 40 et à l'opérateur de la Bourse de Paris, Euronext, d'avoir manqué à ses obligations de neutralité et d'impartialité vis-à-vis des autres intervenants.

«Le non-respect par Euronext de son obligation professionnelle d’agir avec neutralité et impartialité, dans le respect de l’intégrité du marché, est d'une particulière gravité s’agissant de principes qui conditionnent le bon fonctionnement même du marché», a affirmé la Commission des sanctions pour expliquer l'alourdissement de la sanction prononcée contre l'opérateur de la Bourse de Paris.

Pour Virtu, la Commission a mis en exergue «la gravité des manquements commis» au regard de «l'importance que revêt la transparence des marchés pour la protection des investisseurs».

Cette décision «est particulièrement contestable, totalement disproportionnée et complètement anachronique», a aussitôt réagi dans un communiqué Stéphane Boujnah, directeur général et président du directoire d’Euronext.

Le groupe boursier a annoncé son intention de faire appel de cette décision.

A l'époque des faits, Virtu avait développé une stratégie dite d'arbitrage qui consistait, grâce à ses algorithmes, à profiter des écarts de prix entre les différentes plateformes boursières, dont Euronext.

«Ces interventions étaient effectuées en quelques millisecondes et l’algorithme» de Virtu «entrait et annulait des ordres en permanence sur les différents carnets d'ordres, en fonction de l’évolution des meilleurs prix affichés», a expliqué l'AMF dans un communiqué.

Les faits reprochés à Virtu se sont déroulés entre le 21 juillet et le 2 septembre 2009, soit 32 séances de Bourse, pour un profit estimé à 782.000 euros par la commission des sanctions.

Pour la commission des sanctions, en laissant opérer ainsi Virtu sur sa plateforme et en l'exemptant de certaines pénalités, Euronext n'a pas «exercé son activité avec neutralité et impartialité, dans le respect de l’intégrité du marché».

«Les griefs qui nous sont reprochés ne sont pas démontrés et cette décision arrive tellement d'années plus tard que la sanction est anachronique par rapport aux défis qui pèsent aujourd'hui sur nos marchés», a déclaré à l'AFP Anthony Attia, actuel PDG d'Euronext Paris, mais pas à l'époque des faits.