La BCE promet une action «sans limite» pour soutenir la reprise

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Mario Draghi, président de la BCE, à Francfort le 3 décembre 2015, lors d'une conférence de presse
Mario Draghi, président de la BCE, à Francfort le 3 décembre 2015, lors d'une conférence de presse — DANIEL ROLAND AFP

Le président de la Banque centrale européenne (BCE) Mario Draghi a promis vendredi une action «sans limite» pour soutenir la reprise en zone euro, au lendemain d'un paquet de mesures qui ont laissé les marchés sur leur faim.

«Il ne saurait y avoir aucune limite à la manière dont nous sommes prêts à déployer nos instruments, conformément à notre mandat, et pour atteindre notre mandat», a déclaré le dirigeant dans un discours à New York.

«Il ne fait aucun doute que si nous devons intensifier l'utilisation de nos instruments pour s'assurer que nous atteindrons notre objectif de stabilité des prix, nous le ferons», a-t-il ajouté.

Alertée par une inflation au point mort et une reprise timide en zone euro, la BCE a abaissé jeudi l'un de ses taux directeurs et va prolonger d'au moins six mois, jusqu'en mars 2017, la durée du «QE», le programme de rachats massifs de dette lancé neuf mois plus tôt.

Après ces annonces, les cours boursiers et des obligations ont toutefois chuté, alors que l'euro est remonté, les investisseurs semblant trouver les mesures de la BCE trop timorées. La plupart des indices européens restaient déprimés vendredi.

Le président de la BCE semble avoir cherché à dissiper le scepticisme des marchés vendredi en affichant une détermination sans faille dans la lignée de son fameux discours de 2012 où il s'était dit «prêt à tout» pour sauver l'euro.

«Le QE est là pour longtemps», a martelé le dirigeant.

«Draghi a essayé de réparer quelques-uns des dégâts causés par les mesures d'assouplissement plus faibles qu'attendu de la BCE annoncées hier», a estimé Krishna Guha, analyste chez Evercore ISI.

Le président de la BCE a également tenu à défendre les mesures annoncées jeudi en révélant qu'elle se traduiraient par l'injection de 680 millions d'euros supplémentaires dans le système financier d'ici à 2019.

«Le paquet [de mesures annoncé jeudi] n'avait pas pour but de répondre aux attentes des marchés», a-t-il également répliqué, démentant que des dissensions au sein de la BCE aient abouti à des mesures mois fortes qu'espéré.

«Il y avait un très large soutien au sein du Conseil (des gouverneurs de la BCE, NDLR) pour recalibrer nos instruments afin de remettre les orientations de l'inflation sur une trajectoire de 2%», a-t-il détaillé.

- «Confiance» -

Dans son discours, M. Draghi s'est par ailleurs montré optimiste sur le fait que l'action de la BCE permettrait de renouer bientôt avec cet objectif de 2% d'inflation annuel.

«Je peux dire (...) avec confiance -et sans aucune complaisance- que nous obtiendrons le retour à une inflation de 2% sans retard injustifié», a-t-il affirmé.

Lestée par la chute des prix du pétrole, l'inflation en zone euro est pour l'heure au point mort depuis plusieurs mois et n'est à nouveau ressortie qu'à 0,1% en novembre, très loin de l'objectif des gardiens de l'euro.

Malgré ce tableau, M. Draghi a également assuré dans son discours que le risque de déflation, qui a agité la région pendant de nombreux mois, était «totalement écarté».

«Nous voyons quelques améliorations au moment où la reprise économique s'installe», a-t-il justifié, tout en reconnaissant que les tendances dans la hausse des prix restaient «relativement faibles».

Le dirigeant s'est en revanche montré pessimiste sur l'état du marché du travail en zone euro où le taux de chômage a légèrement décliné en octobre, à 10,7%.

«Si le chômage continue de décliner à son rythme actuel, cela pourrait prendre des années avant que la zone euro ne revienne aux taux de chômage qu'elle connaissait avant la crise» financière de 2008-2009, a prédit M. Draghi.