Tracfin célèbre ses 25 ans à l'heure de la lutte contre le financement du terrorisme

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Le ministre des Finances Michel Sapin lors de la remise d'un rapport de Tracfin à Paris, le 11 juillet 2014
Le ministre des Finances Michel Sapin lors de la remise d'un rapport de Tracfin à Paris, le 11 juillet 2014 — ERIC PIERMONT AFP

Un travail de l'ombre devenu incontournable dans la communauté du renseignement: 25 ans après sa création, le service Tracfin s'est imposé comme un acteur-clé pour la lutte contre le financement du terrorisme, sous les feux des projecteurs depuis les attentats du 13 novembre.

Entre 100 et 200 «déclarations de soupçons» reçues chaque jour, des dizaines de notes envoyées aux administrations... Cet organe rattaché à Bercy, chargé de traquer les transferts d'argent illégaux, a vu son activité monter en flèche ces dernières années avec la hausse de la menace terroriste.

«Tracfin a connu une mutation sans précédent», a souligné mardi son directeur Bruno Dalles, à l'occasion d'une journée de célébration des 25 ans de l'agence. «Dans le contexte actuel», elle a «un rôle crucial à jouer», a ajouté cet ancien responsable du Bureau de la lutte contre la criminalité organisée au ministère de la Justice.

En 2014, l'agence de Traitement du renseignement et action contre les circuits financiers clandestins -son nom complet- a ainsi collecté quelque 38.000 informations auprès des banques, des assurances, mais aussi des notaires ou des cercles de jeux. Soit une hausse de 33% par rapport à 2013.

Concernant le financement du terrorisme, quelque 3.000 personnes ont fait l'objet d'investigations. Un chiffre qui pourrait être multiplié par deux en 2015, selon Tracfin, qui précise avoir transmis l'année dernière près de 80 notes de synthèse sur ce sujet à la communauté du renseignement, soit deux fois plus qu'en 2013.

«L'argent sale, ce ne sont pas seulement des sommes qu'on cherche à blanchir (...) Ce sont également des fonds pouvant être utilisés pour financer des activités illicites, au premier rang desquelles le terrorisme», a souligné mardi le ministre des Finances Michel Sapin.

«Les attentats de janvier puis ceux de novembre ont montré à quel point la vigilance des autorités publiques chargées de détecter les flux financiers suspects devait être aiguë», a-t-il ajouté, en insistant sur les mesures prises pour adapter Tracfin à la nouvelle donne internationale.

- «identifier des suspects» -

Après les attaques de Charlie Hebdo et de Vincennes, les moyens de l'agence ont été renforcés. Une dizaine d'agents ont ainsi été recrutés ces derniers mois, pour grossir les rangs de sa cellule chargée du financement du terrorisme. Les effectifs «seront à nouveau augmenté en 2016», a promis mardi Michel sapin.

Le plus petit des services de renseignement, avec près de 110 agents, contre 5.000 pour la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), a également vu ses prérogatives étendues, via des signalements systématiques pour les dépôts et retraits d'espèces supérieurs à 10.000 euros.

La série d'attentats du 13 novembre a conduit Bercy à accroître encore un peu les pouvoirs de l'agence, qui pourra désormais consulter directement le fichier des personnes recherchées (FPR), comprenant notamment les fameuses «fiches S» des personnes soupçonnées de radicalisation.

Tracfin disposera également d'un accès élargi au fichier de traitement d'antécédents judiciaires (TAJ) de la police et la gendarmerie, et pourra signaler le nom de personnes suspectes aux banques, afin que ces établissements puissent mettre en oeuvre des mesures de vigilance complémentaires.

De quoi déjouer de futurs attentats? «On ne repèrera pas un terroriste sur la base de mouvements financiers», estime Eric Percheron, de l'Office de coordination bancaire et financière, qui met en avant les faibles sommes en jeu. «On est dans des systèmes très diffus, il n'y a pas de flux de capitaux importants», ajoute-t-il.

Recoupés avec d'autres renseignements, les informations recueillies par Tracfin peuvent toutefois s'avérer cruciales. «On transmet des informations aux autres services. Et c'est l'ensemble de ces éléments qui permettent d'identifier des suspects en amont», assure Bruno Dalles.

«Beaucoup de progrès ont été réalisés ces derniers mois au sein de la communauté du renseignement», en termes «d'échange d'informations», souligne de son côté Michel Sapin. «Si au cours de cette année, un certain nombre d'attentats ont pu être déjoués, c'est aussi grâce à ce mode de fonctionnement», ajoute-t-il.