Au Turkménistan, les ambitions gazières sont à la peine

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Cérémonie d'inauguration du nouveau complexe palais présidentiel, le 18 mai 2011 à Ashgabat, au Turkménistan
Cérémonie d'inauguration du nouveau complexe palais présidentiel, le 18 mai 2011 à Ashgabat, au Turkménistan — AFP

Les dômes en or de son palais présidentiel témoignent des ressources considérables en gaz du Turkménistan. Mais les ambitions mondiales de ce petit pays d'Asie centrale peinent à se concrétiser dans un marché de l'énergie en plein bouleversement.

Seul le Qatar dispose de réserves de gaz par habitant supérieures à cette ex-république soviétique de cinq millions d'habitants, que certains voyaient il y a encore quelques années comme la pièce manquante du puzzle énergétique allant de Bruxelles à New Delhi.

Mais la réalité du marché a douché les espoirs des plus enthousiastes, entre évolutions technologiques qui ont permis l'émergence de nouveaux acteurs, développement du gaz naturel liquéfié (GNL) et depuis un an l'effondrement des cours des hydrocarbures.

Pour l'heure, seule la Chine avance ses pions au Turkménistan: le chinois CNPC importe plus de 30 milliards de m3 de gaz par an par un gazoduc passant par le Kazakhstan et l'Ouzbékistan depuis 2009.

Autrefois sa principale cliente, la Russie a réduit progressivement ses achats à portion congrue, laissant toute l'économie du pays à la merci de la demande chinoise.

Au «Tant que la Chine continue d'augmenter ses importations, le gouvernement turkmène va continuer de s'acheter des palais de marbre», affirme Andrew Neff, analyste au cabinet IHS Energy.

Les ambitions du Turkménistan passent aujourd'hui par deux méga-projets de gazoducs qui représentent ensemble 60 milliards de m3 par an: le Trans-Caspienne, chiffré à cinq milliards de dollars, en direction du sud de l'Europe, et le TAPI (Turkménistan-Afghanistan-Pakistan-Inde), évalué à dix milliards de dollars, censé relier l'Asie centrale au très convoité sous-continent indien.

Dans les deux cas, ces projets se trouvent confrontés à une rude concurrence de la part de la Russie et désormais de l'Iran, qui amorce un retour dans le jeu mondial. Souhaitant manifestement relancer TAPI, le Turkménistan vient d'ailleurs de nommer sa société gazière à sa tête.

- Du gaz à quel prix ? -

Lors d'une conférence annuelle réunissant des investisseurs internationaux à Achkhabad en novembre, le ministre du Pétrole et du Gaz Mouhammetour Halylov a défendu la réputation de son pays comme «partenaire fiable, stable et responsable».

«L'Europe va continuer d'avoir besoin de gaz à l'avenir», plaide pour sa part l'ancien ministre britannique de l'Energie Charles Hendry, aujourd'hui président du cabinet de conseil Eurasia Partners. «Plus nous avons de voies d'approvisionnement établies et stables, mieux ce sera», assure-t-il à l'AFP en marge de la conférence.

Plus sceptique, Laurent Ruseckas, analyste au cabinet Veracity Worldwide, rappelle que «la volonté politique ne suffit pas à mener à bien des projets de plusieurs milliards de dollars» et s'interroge sur le prix final du gaz une fois pris en compte le coût du transport et de la construction.

D'ores et déjà, l'abondance de l'offre sur le marché mondial, et la chute des prix qui va avec, coûte cher au Turkménistan, pour qui les hydrocarbures représentent 80% des exportations et qui doit rembourser à CNPC les crédits accordés pour la construction du gazoduc vers la Chine.

Son économie ralentit et la banque centrale a dû dévaluer la monnaie locale, le manat, de 20% cette année, à l'image de nombreuses ex-républiques soviétiques sous forte pression à cause de la crise économique en Russie.

Pour l'instant, les revenus gaziers permettent au pays de se maintenir à flots mais le temps est compté.

Comme l'a souligné lors de la conférence gazière le secrétaire d'Etat adjoint américain Daniel Rosenblum, non seulement la production de GNL augmente dans le monde mais l'Iran, aux immenses ressources en gaz, pourrait bien faire son retour sur le marché en cas de levée des sanctions à la suite de l'accord sur le nucléaire signé pendant l'été.

«Il y a bien plus de pays producteurs sur la carte aujourd'hui qu'il y a vingt, dix ou même cinq ans», a-t-il constaté. «Au fur et à mesure que le marché mondial de l'énergie se transforme, la fenêtre de tir commence à se fermer pour certains projets.»