Chômage: «Vu l'ampleur de la hausse, nous ne pouvons toujours pas parler de reprise»

INTERVIEW Mathieu Plane, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), revient sur les mauvais chiffres du chômage en octobre publiés jeudi...

Propos recueillis par Céline Boff

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Une personne au chômage, le 29 janvier 2015 à Caen
Une personne au chômage, le 29 janvier 2015 à Caen — Charly Triballeau AFP

Un triste record. Le chômage a connu en octobre sa plus forte hausse depuis 2013, avec 42.000 demandeurs d’emploi sans activité de plus qu’en septembre en métropole (+1,2 %). Que faut-il en conclure ? 20 Minutes a posé la question à Mathieu Plane, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

Comment expliquer une telle hausse du chômage ?

Commenter une évolution d’un mois sur l’autre est un exercice délicat. Ce que nous constatons, c’est qu’en septembre, le chômage avait baissé parce que des personnes inscrites en catégorie A [sans activité] étaient passées en catégories B ou C [activité réduite]. Or, ces personnes sont revenues en catégorie A, ce qui prouve que les contrats qui leur avaient été proposés étaient vraiment très courts. Ce phénomène est inquiétant car il témoigne d’un marché du travail extrêmement volatil et toujours plus précaire.

D’après le ministère du Travail, ces fortes oscillations sont au contraire « un signe de reprise »…

[Sourire]. Si le gouvernement s’attendait à une hausse, il ne pouvait l’imaginer d’une telle ampleur. Je pense qu’il s’agit là d’une très mauvaise nouvelle et même d’une douche froide. Certes, 2015 est une année de transition, ce qui implique forcément de la volatilité. Mais l’ampleur de la hausse nous prouve que, malgré le retour de la croissance positive, nous ne pouvons toujours pas parler de reprise.

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Pensez-vous, comme le dénoncent certaines organisations patronales, que le report de trois mois de l’allégement des cotisations sociales a pu jouer un rôle dans cette hausse ?

Non et pour plusieurs raisons. Primo, cet allégement était prévu pour janvier 2016 et il est repoussé à avril 2016, or nous parlons des chiffres du chômage d’octobre 2015. Secundo, cet allégement concerne les salaires représentant de 1,6 à 3,5 fois le Smic. Il aura donc peu d’effet sur l’emploi, puisque ces actifs ne sont pas les plus concernés par le chômage. Tertio, ces organisations patronales omettent de parler de la montée en charge du Crédit d’impôt compétitivité emploi (Cice), qui représente pour les entreprises une aide de 23 milliards d’euros en 2015.

Croyez-vous à une vraie inversion de la courbe du chômage ?

Oui, mais cette inversion ne s’opérera pas avant le deuxième trimestre 2016. Et elle sera faible : d’après nos prévisions, le chômage atteindra 9,8 % fin 2016, contre 10 % fin 2015. Soit une baisse de seulement 0,2 point.

C’est extrêmement déprimant…

Il faut regarder d’où l’on vient. La crise aurait dû détruire 100.000 emplois de plus que ce qu’on observe aujourd’hui. Le retour de la croissance va donc d’abord permettre aux entreprises de réutiliser leurs équipements et leurs personnels avant d’investir. Ensuite, il y a des éléments positifs : sur les deux derniers trimestres, le secteur marchand a de nouveau créé des emplois. Le hic, c’est que notre démographie est vigoureuse, ce qui est positif à long terme, mais pénalisant à court terme. Sachant que la population active augmente de 140.000 nouvelles personnes chaque année, il faut créer beaucoup d’emplois pour que le chômage n’augmente pas et forcément bien plus pour qu’il commence à baisser. Mais retenons tout de même qu’en 2016, notre économie créera 200.000 emplois.