Japon: Une nouvelle récession malgré la politique des «Abenomics»

POLITIQUE Trois ans après le lancement de la stratégie économique du le Premier ministre Shinzo Abe, la réprise n'esrt toujourrs pas au rendez-vous...

20 Minutes avec agences

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Le Japon est à nouveau entré en récession au 3e trimestre
Le Japon est à nouveau entré en récession au 3e trimestre — Yoshikazu Tsuno AFP

Le Japon est retombé en récession, un an tout juste après un épisode similaire. Le produit intérieur brut a reculé de 0,2 % sur la période de juillet à septembre, après une contraction d’autant au deuxième trimestre, selon une estimation préliminaire publiée, ce lundi, par le gouvernement.

« L’économie réelle est à l’arrêt »

Les analystes interrogés par l’agence Bloomberg misaient, eux, sur un repli de 0,1 %. « L’économie réelle est à l’arrêt », a, pour sa part, expliqué Taro Saito, économiste à l’institut de recherche NLI. « Les sociétés sont réticentes à investir malgré des bénéfices solides. Elles étaient déjà frileuses, mais les incertitudes sur la conjoncture internationale ont renforcé cette tendance négative ».

Principale cause de cette rechute, les entreprises ont, en effet, continué à freiner leurs investissements non résidentiels (-1,3 %), signe de leur prudence face au ralentissement en Asie, en particulier en Chine, partenaire commercial majeur du Japon. Dans ce contexte, elles ont choisi d’écouler leurs stocks accumulés ces derniers mois, un déclin qui a apporté une contribution négative de 0,5 point à l’évolution du PIB.

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Un rebond prometteur de la consommation des ménages

Taro Saito note cependant des éléments semblant augurer d’un rebond : la consommation des ménages, en berne depuis un douloureux relèvement de TVA en avril 2014, s’est légèrement redressée (+0,5 % sur un trimestre, contre -0,6 % au deuxième trimestre).

Prenant acte de ce tableau en demi-teinte, la Bourse de Tokyo a réagi avec mesure : le Nikkei a fini en repli de 1,04 %. De son côté, le ministre de la Revitalisation économique, Akira Amari, a aussitôt relativisé ces statistiques, jugeant l’économie « sur la voie d’une reprise modérée » malgré « quelques faiblesses ».

Préparer « des mesures d’urgence » et plus de pression sur la Banque du Japon

Le gouvernement va désormais s’atteler à préparer « des mesures d’urgence », a ajouté le ministre, sans toutefois confirmer la rallonge budgétaire de 3.500 milliards de yens (26 milliards d’euros) évoquée dans la presse. La pression va par ailleurs s’accroître sur la Banque du Japon (BoJ), qui se réunit, mercredi et jeudi, pour décider d’étendre ou non son programme de rachats d’actifs.

Pour les analystes, la priorité devrait être aux réformes structurelles, une des pièces maîtresses des « abenomics », qui font du surplace, fustigent d’aucuns. Ce qui s’apparente donc à un nouveau revers pour le Premier ministre Shinzo Abe dont la stratégie, lancée fin 2012, échoue pour l’heure à stimuler l’économie.

De l’emploi au féminin, booster la fécondité et recours à l’immigration

« Si la croissance au Japon est si faible, c’est en raison du déclin de la population », souligne enfin Paul Sheard, économiste en chef de l’agence d’évaluation financière Standard and Poor’s. De fait, de l’avis des experts, les grandes entreprises japonaises préfèrent se tourner vers l’étranger plutôt que d’investir dans un archipel grisonnant.

Paul Sheard préconise ainsi trois pistes de travail : « Attirer plus de femmes et plus de seniors, élever l’indice de fécondité (1,4 enfant par femme en 2013), et recourir à l’immigration ». Faute de quoi le rebond qui se profile en 2016 ne sera qu’un feu de paille, avertit l’économiste, alors qu’est programmée une seconde hausse de taxe au printemps 2017.