Crise immobilière et hausse des taux refroidissent les bourses

Guillaume Guichard

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Les cours du pétrole évoluent à des niveaux record, le Brent ayant battu un cours historique lundi à Londres tandis qu'à New York, le baril de brut s'est approché de ses plus hauts niveaux, en raison des tensions géopolitiques et des craintes de pénurie d'essence aux Etats-Unis.
Les cours du pétrole évoluent à des niveaux record, le Brent ayant battu un cours historique lundi à Londres tandis qu'à New York, le baril de brut s'est approché de ses plus hauts niveaux, en raison des tensions géopolitiques et des craintes de pénurie d'essence aux Etats-Unis. — Michael Nagle AFP/GettyImages

Wall Street a chuté, jeudi, de 2,26% après avoir atteint des sommets la semaine dernière, entraînant dans sa dégringolade Londres, Paris et Tokyo. «Une correction» selon Nicolas Bouzou, économiste chez Asterès joint par 20Minutes.fr, qui s’explique par certaines fragilités de l’économie américaine.

La semaine dernière, les bourses ont atteint des sommets. Pourquoi chutent-elles aujourd’hui?

Elles baissent aujourd’hui en partie parce qu’elle ont augmenté ces derniers jours. On appelle ça une « prise de bénéfice» et ça arrive à peu près toutes les deux ou trois semaines. Après que les actions ont augmenté, les agents les revendent par sécurité, avant qu’elles ne rechutent.

«La correction de jeudi n’est pas malsaine, explique Nicolas Bouzou. Il vaut mieux perdre maintenant 2% qu’attendre deux ans un gros crach.»

Comment Wall Street a-t-elle entraîné les autres bourses mondiales dans sa chute?


Les marchés financiers sont très intégrés. Les entreprises françaises du CAC40, par exemple, gagne près de 80% de leur chiffre d’affaires à l’étranger, donc dépendent de la situation économique des Etats-Unis par exemple.

Pourquoi cela est-il arrivé aux Etats-Unis?

«Depuis quelques semaines, les ménages à la limite de la solvabilité qui ont contracté des emprunts immobiliers en hypothéquant leur maison rencontrent de plus en plus de difficultés à rembourser les banques», analyse Nicolas Bouzou. En effet, outre-Atlantique les taux d’intérêt sont variables et dépendent du prix de l’immobilier. Quand la valeur de la pierre baisse, comme c’est le cas actuellement, le risque pour les banques de ne pas retrouver leurs billes s’accroît, donc elles augmentent les taux d’intérêt.

Les marchés financiers s’inquiètent de la faillite probable de certains instituts de crédits. Des gros groupes bancaires, comme HSBC, ont mis de l’argent de côté prévoyant de ne pas être remboursés par certains clients.

Pourquoi les bourses chutent-elles alors que la croissance mondiale est exceptionnellement bonne?

Justement. Qui dit croissance, dit inflation. Or, les marchés n’aiment pas les hausses de prix qui entraînent l’augmentation des taux d’intérêt. Explications. Comme les entreprises vont mieux, elles sont plus enclines à augmenter les salaires, ce qui accroît leurs charges et in fine, les entreprises augmentent les prix de leurs produits pour retrouver leurs marges de profit. Voilà pour la croissance créant l’inflation.

Les Banques centrales, gardiennes de l’orthodoxie monétaire, augmentent alors les taux d’intérêt. Ce qui, d’une part, ralentit l’activité économique et réduit les profits des entreprises.

D’autre part, ces dernières années, les investisseurs ont été habitués à profiter de taux d’intérêt très bas. Ils en profitaient pour acheter des entreprises en s’endettant et les redressaient financièrement avant de les revendre à très bon prix. Or, depuis la semaine dernière, plusieurs fonds d’investissement ayant lancé des raids contre des sociétés cotées rencontrent beaucoup de difficultés à trouver quelqu’un qui veuille bien leur prêter l’argent nécessaire. Les banques commencent à faire moins facilement crédit, ce qui refroidit les investisseurs. «C’est la fin de l’argent facile», résume un analyste.