L’Europe veut s’armer pour la guerre économique

Guillaume Guichard
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Le baril de Brent de la mer du Nord a atteint jeudi son plus haut niveau depuis neuf mois en dépassant 71 dollars, tiré par les inquiétudes concernant les réserves d'essence aux Etats-Unis avant la saison des grands déplacements en voiture et par des tensions géopolitiques.
Le baril de Brent de la mer du Nord a atteint jeudi son plus haut niveau depuis neuf mois en dépassant 71 dollars, tiré par les inquiétudes concernant les réserves d'essence aux Etats-Unis avant la saison des grands déplacements en voiture et par des tensions géopolitiques. — Spencer Platt AFP/Getty Images

Le nouveau terrain d’affrontement dans la guerre économique, ce sont les bourses. Londres, Paris, Frankfort sont les cibles d’un nouveau type d’arme économique: les fonds d’Etats étrangers. Ces derniers détiennent plus de 2.500 milliards de dollars de trésor de guerre, selon une étude de la banque Morgan Stanley. L’Allemagne et la Commission européenne commencent à s’inquiéter de l’émergence, sur les places financières européennes, de ces investisseurs très stratégiques qui visent les secteurs «sensibles» et «sont souvent motivés par des raisons politiques ou autres», d’après Berlin.

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Les exemples de leur intérêt grandissant pour les entreprises occidentales sont de plus en plus nombreux. Lundi, la banque britannique Barclays a annoncé un partenariat avec des fonds d’investissements chinois et singapouriens afin de racheter ABNAmro, une banque néerlandaise. Il y a deux mois, Pékin investissait dans Blackstone, le plus gros fonds d’investissement américain, provoquant une vague d’inquiétude aux Etats-Unis. Début juillet, un fonds d’investissement de l’émirat de Dubaï investissait pour sa part dans EADS. 


Profiter des avancées technologiques


Ces fonds ne sont pas tout à fait comme les autres, qui ne visent qu’à améliorer –quel qu’en soit le coût- la rentabilité des entreprises dont ils prennent le contrôle avant de les revendre la plupart du temps. Abondés par des fonds publics, ils viennent de Russie, de Chine, de Singapour, ou encore des Etats pétroliers du Golfe. Ils se concentrent sur les entreprises stratégiques et chercheraient plutôt à profiter des avancées technologiques de leurs proies ou à apprendre leurs méthodes de gestion. 


Angela Merkel a été la première à tirer la sonnette d’alarme. La semaine dernière, la chancelière allemande a mis à l’ordre du jour la question d’une défense européenne contre ces fonds. La Commission lui a emboîté le pas, annonçant qu’elle allait étudier les objectifs de ces fonds. 


Opposer son veto


Et lundi, le Commissaire européen Peter Mendelson a évoqué la possibilité de mettre en place un système européen de «golden share», ou «action en or». Ce type d’action permet à son détenteur – dans le cas présent, un Etat européen- d’opposer son veto à toute décision du conseil d’administration de la société, de disposer de plus de droits de vote en vue de bloquer des tentatives d’OPA hostiles ou de fermer la porte à des investisseurs indésirables. 


Instaurer une «golden share» n’est pas très libéral. Elle est même assimilée à du protectionnisme. Un gros mot pour Rome et surtout pour Londres, qui ont déjà fait savoir qu’ils étaient très vigilants à ce que la menace de ces fonds souverains n’entraîne pas ce type de repli sur soi. 


A Paris, on se félicite au contraire de cette nouvelle approche européenne et on souligne la nécessité de «réciprocité» dans l’ouverture des marchés financiers. «Jusqu’à maintenant, l’Europe ouvrait les siens sans demander au reste du monde de faire de même, analyse-t-on à Bercy pour 20Minutes.fr. D’autre part, il est légitime de se demander comment s’assurer que les fonds d’Etat étrangers ne puissent pas nuire aux intérêts européens.