Renault-Nissan: Pourquoi l’alliance s'est fragilisée

AUTOMOBILE Un conseil d’administration extraordinaire aura lieu vendredi pour tenter d’apaiser les tensions avec l’Etat français…

C.P.

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Carlos Ghosn, PDG de Renault-Nissan, le 20 avril 2015 au salon de l'automobile de Shangai, en Chine
Carlos Ghosn, PDG de Renault-Nissan, le 20 avril 2015 au salon de l'automobile de Shangai, en Chine — JOHANNES EISELE AFP

C’est un conflit compliqué. Un conseil d’administration a été convoqué en urgence pour ce vendredi, par Carlos Ghosn, le PDG de Nissan et Renault, afin de trouver une issue au conflit qui oppose les deux constructeurs automobiles et l’Etat français, détenteur depuis avril dernier de 19,7 % du capital du groupe au losange. 20 Minutes fait le point.

L’alliance Renault/Nissan, c’est quoi ?

L’alliance entre les deux constructeurs automobiles est née, en 1999, du rachat de Nissan par Renault. A l’époque, le Japonais « était en mauvaise posture, Renault a donc permis de sauver Nissan de la faillite », précise Bertrand Rakoto, consultant automobile chez D3 Intelligence. Quinze ans plus tard, le partenariat entre les deux entités, devenu quatrième constructeur mondial, peut s’enorgueillir d’être une véritable réussite industrielle. En 2014, l’alliance a écoulé 8,5 millions de véhicules, soit une voiture sur dix vendu dans le monde, selon elle.

>> Lire aussi : Montée de l’Etat français dans Renault : Nissan va examiner la situation « cette semaine »

Pourquoi y a-t-il des tensions ?

Ce partenariat, dont les termes n’ont pas été modifiés depuis 15 ans, est désormais déséquilibré au regard des apports respectifs des constructeurs français et japonais.

« Aujourd’hui, Nissan pèse deux fois plus en Bourse que Renault », indique Bertrand Rakoto. Si le Japonais pèse 42 milliards d’euros, son partenaire français est valorisé à 17,6 milliards. Qui plus est, « Nissan a permis à Renault de réaliser 54 % de ses bénéfices sur les 16 dernières années », souligne le spécialiste du marché automobile.

Pourtant, le rapport de forces entre les deux groupes reste inchangé depuis la création de l’alliance : Renault détient 43,4 % du constructeur japonais, tandis que Nissan ne détient que 15 % du Français, et sans droits de vote.

Que vient faire l’Etat français dans cette alliance ?

Un déséquilibre renforcé depuis l’offensive, en avril dernier, de l’Etat français sur le capital du groupe au losange, dont il possède maintenant 19,7 %. Détenteur de 15 % des parts ces dernières années, l’Etat s’est assuré avec ces 4,7 % d’actions supplémentaires des droits de vote double, en vertu de la loi Florange. Autrement dit, l’Etat français pèsera près de 40 % au printemps prochain suscitant une crainte chez Nissan.

Que veulent les Japonais ?

Nissan souhaite un rééquilibrage des rapports, bouleversés par la progression de l’Etat au capital de Renault, qui n’est autre que le premier actionnaire du Japonais. Lundi, le numéro 2 de Nissan, Hiroto Saikawa, s’est déclaré « inquiet » de la progression de l’Etat français au sein du capital de Renault, refusant toutefois de commenter les projets de « rééquilibrage » de l’alliance.

Et pour cause, au-delà des considérations financières, l’augmentation des parts de l’Etat français pose un problème diplomatique : « On a affaire à deux fleurons nationaux, dans ce contexte, il est assez compliqué de voir monter un Etat au capital de l’un des deux, alors que l’autre est une entreprise strictement privée », analyse Bertrand Rakoto. Dès lors que la relation entre les deux entreprises, et par ricochet, les deux Etats « devient beaucoup plus compliquée à gérer ».

Une inquiétude comprise par le PDG des deux groupes, Carlos Ghosn, qui a tout intérêt à ce que les pouvoirs se rééquilibrent pour conserver un bon fonctionnement de l’alliance.

Mais l’Etat français, lui, craint de perdre son influence historique sur le constructeur français. Lorsque l’accord a été signé entre Nissan et Renault, l’Etat possédait 40 % des parts de ce dernier. Mardi, le ministre de l’Economie, Emmanuel Macron, a prévenu que l’Etat français n’était pas un actionnaire « au rabais », même s’il assure l’Etat ne cherche pas à déstabiliser l’alliance.

Quels sont les enjeux du conseil de vendredi ?

C’est la troisième réunion de ce type depuis avril et l’offensive de l’Etat français sur le capital de Renault. Si ce conseil vise à « trouver un consensus pour éviter, notamment de froisser Nissan », d’après Bertrand Rakoto, aucune décision ne sera sans doute actée dès vendredi.

Plusieurs scénarios sont possibles selon le spécialiste : l’Etat pourrait abaisser sa participation au capital, en revendant ses titres ou Renault pourrait descendre sous la barre des 40 % de Nissan sa participation dans Nissan, afin de débloquer les droits de vote du japonais chez Renault, voire que Nissan monte au capital de son partenaire pour contrer l’influence de l’Etat.