«Trading haute fréquence»: de lourdes amendes requises contre Virtu et Euronext

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L'Autorité des marchés financiers à Paris
L'Autorité des marchés financiers à Paris — Fred Dufour AFP

Le gendarme boursier français s'est attaqué pour la première fois au «trading à haute fréquence» et a requis mercredi une amende de 5 millions d'euros minimum contre l'un de ses spécialistes, l'américain Virtu, et de 4 millions contre Euronext Paris.

L'Autorité des marchés financiers (AMF) reproche à Virtu d'avoir manipulé les cours de 27 titres de l'indice CAC 40 et à l'opérateur de la Bourse de Paris, Euronext, d'avoir manqué à ses obligations de neutralité et d'impartialité vis-à-vis des autres intervenants, en accordant un avantage commercial à Virtu qui lui a permis de développer sa stratégie.

Les faits se sont déroulés entre le 21 juillet et le 2 septembre 2009, soit 32 séances de Bourse.

Le «trading à haute fréquence» (HFT) utilise des ordinateurs surpuissants et des calculs algorithmiques pour passer une multitude d'ordres en un temps record avec pour objectif de prendre de vitesse tous les autres acteurs.

La rapidité et les technologies très poussées rendent les contrôles d'autant plus ardus pour les régulateurs.

Le rapporteur de la commission des sanctions, Christophe Soulard s'est défendu de vouloir «faire le procès du HFT» ou de «reprocher à Euronext d'avoir accueilli des traders à haute fréquence», mais de se concentrer sur les manquements des uns et des autres dans ce dossier.

A l'époque des faits, Virtu avait développé une stratégie dite d'arbitrage qui consistait, grâce à ses algorithmes, à profiter des écarts de prix entre les différentes plateformes. Elle procédait «dans des intervalles très courts en passant des ordres de l'ordre du centième d'euro», a expliqué M. Soulard.

Pour ce qui concerne Virtu, le rapporteur de la commission a pris l'exemple des échanges sur le titre EDF lors de la séance du 28 août 2009, représentative, selon lui, du dossier où Virtu «est intervenu plus de 500.000 fois sur 5 plateformes» mais pour des transactions «inférieures à 3% des volumes échangés».

A titre de comparaison, le 2e plus gros intervenant ce jour-là est intervenu «11 fois moins pour un volume d'échanges 4 fois supérieur», a-t-il complété.

«Virtu a littéralement inondé» le marché avec «ce que certains qualifient volontiers de liquidités fantômes» avec pour effet de «fausser la perception des investisseurs», a expliqué pour sa part la représentante du collège de l'AMF, Audrey Micouleau, qui a, elle, insisté sur le caractère «inédit» de l'affaire.

Ce qui est reproché à Euronext porte sur le ratio ordre/transaction, soit le nombre d'ordres passés par rapport au nombre de transactions exécutées. Au-delà d'un certain seuil, des pénalités financières sont censées s'appliquer, mais en en exemptant Virtu, Euronext a manqué à son obligation de «neutralité et d'impartialité», a souligné M. Soulard.

Euronext a rétorqué que 4 autres groupes avaient bénéficié de ces exemptions, accordées à titre expérimental, dans un contexte où les marchés étaient «en pleine ébullition» du fait de la libéralisation du secteur et en l'absence de toute régulation en la matière, a expliqué Anthony Attia, actuel PDG d'Euronext Paris, mais pas à l'époque des faits.

Une situation que l'avocat d'Euronext a qualifiée de «régulation à très basse intensité».

Ces amendes ont été requises par le Collège de l'AMF, en charge des poursuites, lors d'une séance publique de la Commission des sanctions, qui est une sorte de tribunal de la Bourse de Paris et le seul habilité à sévir.