Fram en redressement, dans l'attente d'une éventuelle reprise

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Le logo du voyagiste FRAM, le 22 octobre 2015, à l'aéroport de Toulouse-Blagnac
Le logo du voyagiste FRAM, le 22 octobre 2015, à l'aéroport de Toulouse-Blagnac — Eric Cabanis AFP

Le voyagiste Fram a été placé vendredi en redressement judiciaire pour une période de six mois par le tribunal de commerce de Toulouse avant une éventuelle reprise par le seul intéressé à son rachat, Karavel-Promovacances, qui s'est dit prêt à reprendre les trois quarts des effectifs.

Le tribunal n'a pu que constater «la cessation de paiement des quatre entreprises» du groupe (Voyage Fram, Fram Agence, Plein Vent Voyages et Fram nature) qui emploie 651 personnes, selon un délibéré lu devant la presse à l'issue d'une audience d'une heure et demie à huis clos. Il a prononcé «le redressement judiciaire jusqu'au 30 avril 2016».

Le tribunal a également nommé un administrateur judiciaire, Christian Caviglioli, lequel a estimé que le montant du passif de Fram se situait «autour de 14 millions d'euros».

Avec ce dépôt de bilan, c'est la fin d'une saga familiale. Fram, acronyme de Fer Route Air Mer, est né après-guerre en 1949, fondé par Philippe Polderman. Cette marque emblématique, qui a participé à la démocratisation des vacances au soleil, avait commencé avec quatre salariés en achetant des autocars pour relier Toulouse à Barcelone.

Dès la fin des années 1950, Fram avait affrété ses premiers avions. Le groupe a poursuivi son développement avec une série d'acquisitions d'hôtels au Maroc, en Tunisie, ou encore en Espagne, et le lancement en 1984 du label Framissima, sa populaire chaîne d'hôtels-clubs.

A son zénith, en 1999-2000, le groupe dépassait les 600.000 clients avant de vendre en 2013 et 2014 ses actifs parce que miné par les dettes.

Le printemps arabe qui a entraîné une désaffection du Maghreb, où il était fortement implanté, l'essor des vols low-cost et la montée en puissance d'internet, mais aussi le combat fratricide des deux actionnaires majoritaires, conjugué à une valse de dirigeants lui ont été fatals.

Pour les clients de Fram, ce redressement judiciaire devrait être sans conséquence. Selon Jean-Pierre Mas, président du syndicat autonome des agences de voyages, ils sont protégés par l'organisme de garantie financière de la profession et «seront remboursés» en cas de problème.

- 'Salariés en otage' -

Le tribunal a fixé au 18 novembre à 9h30 la tenue d'une audience sur la ou les offres de reprise. Il a exempté l'administrateur de publicité de ce jugement, jugeant que l'offre de reprise qui existe remplit «des conditions satisfaisantes».

Seul Karavel-Promovacances a fait part de son intérêt. La reprise devrait avoir lieu «dans le cadre d'un plan de cession concerté et immédiat, dit +pré-pack+», slon ce qu'a indiqué jeudi LBO France qui détient 76% de Karavel.

Cette procédure est une nouveauté dans le droit des entreprises. Elle permet de préparer la cession d'une société en amont de son redressement, de façon à gagner du temps.

Karavel-Promovacances, qui se revendique comme le numéro un français de la vente de séjours sur internet, promet «un redressement économique pérenne de Fram» avec une reprise de 356 CDI et 137 «contrats non permanents».

Au total, cette reprise devrait lui coûter autour de 50 millions d'euros, dont moins de 10 millions d'euros pour le prix d’achat, selon une source proche du dossier.

«Le redressement plutôt que la liquidation, c'est une satisfaction», a constaté le secrétaire du comité d'entreprise, Abdoulaye Simakha (CGT, majoritaire), qui a vivement critiqué un jugement prenant «des salariés en otage», notamment parce qu'aucune autre offre n'a le temps de venir.

«Je comprends l'inquiétude des salariés», a répondu Christian Caviglioli, rappelant qu'un «repreneur peut se présenter une semaine avant l'audience» et soulignant que «les négociations ne font que débuter» sur le nombre de salariés repris.

Le maire Les Républicains de Toulouse, Jean-Luc Moudenc, s'est déclaré «très préoccupé par le risque de disparition de la marque toulousaine Fram». «Mais je garde espoir que ce bilan déposé permettra le succès du rachat de l'entreprise par Karavel-Promovacances», dont l'offre de reprise «constitue une base positive», a estimé le maire dans un communiqué.