Défense: Un fusil d'assaut étranger pour remplacer le Famas

ARMEMENT Il sera dès 2017 remplacé par un fusil d'assaut de fabrication européenne...

Anissa Boumediene

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Un soldat français pointe son Famas lors d'un exercice en Côte d'Ivoire.
Un soldat français pointe son Famas lors d'un exercice en Côte d'Ivoire. — K.SIA / AFP

Son temps est presque révolu. Après quarante ans de bons et loyaux services, le Famas prendra sa retraite en 2017. Ce fusil d’assaut de fabrication française, après avoir accompagné les troupes françaises sur différents théâtres d’opérations en Centrafrique, au Mali ou encore en Afghanistan, va être remplacé. Mais pas par un modèle fabriqué dans l’hexagone.

Renouveler les équipements

Mai 2014, la Direction générale de l’armement (DGA), qui relève du ministère de la Défense, lance une procédure d’appel d’offres pour acquérir 90.000 « AIF » (armes individuelles du futur), des fusils d’assaut de nouvelle génération destinés à équiper dès 2017 les forces combattantes françaises. « Le Famas a fait son temps, l’heure est venue de renouveler les équipements, estime Jean-Pierre Maulny, directeur adjoint de l’Iris et spécialiste des questions liées à la politique de défense et l’industrie de l’armement. Quarante ans, c’est déjà une longue durée de vie pour un équipement militaire ».

Pour succéder au Fusil d’Assaut de la Manufacture d’Armes de Saint-Etienne, conçu dans les années 70, l’entreprise sélectionnée devra se plier aux quelque 600 exigences du cahier des charges. Des exigences d’ordre technique portant sur le fusil d’assaut et ses munitions, mais aussi d’ordre logistique pour l’entreprise, qui devra livrer jusqu’à 16.000 armes par an et en assurer le service après-vente pendant trente ans.

Le candidat français écarté

Autre critère spécifié dans l’appel d’offres, et pas des moindres, les candidats doivent avoir les reins solides sur le plan économique. Ainsi, pour avoir une chance de remporter ce marché évalué entre 300 et 400 millions d’euros, les entreprises doivent réaliser un chiffre d’affaires annuel d’au moins 80 millions d’euros et ce depuis plus de trois ans. De quoi écarter le seul candidat français, la société Verney-CarronAvec ses 12 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel, la firme française spécialisée dans la fabrication d’armes de chasse et de Flash-Ball n’a pas fait le poids. Au grand dam de certains parlementaires, qui déplorent que ce futur fusil ne soit pas Made in France.

Mais pour certains, il n’y a pas lieu de s’en émouvoir outre mesure. « C’est vrai qu’en termes de symbole, c’est fort, mais en pratique, la France n’est plus dotée d’une industrie d’armement léger de taille suffisante », explique Jean-Pierre Maulny. Or « cette arme équipera les forces françaises pendant une trentaine d’années. D’où l’importance de choisir une entreprise pérenne capable d’assurer la capacité d’approvisionnement et le service après-vente », poursuit-il.

Un remplaçant européen

Résultat des courses, en 2016, la France devra faire son choix dans sa short list de cinq offres, toutes européennes : Beretta Defense Technologies (Italie), FN Herstal (Belgique), Heckler und Koch (Allemagne), HS Produkt (Croatie) et Swiss Arms (Suisse). A partir de 2017, le Famas sera donc progressivement remplacé par un successeur européen.

« Le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale de 2013 précise que l’armement léger ne relève pas des matériels stratégiques, précise le spécialiste. La DGA a donc toute latitude pour acheter ses fusils d’assaut "sur étagères", auprès de pays européens qui ont conservé une industrie d’armement léger ».