Chine: la fin de l'enfant unique, une aubaine pour les entreprises ?

© 2015 AFP

— 

Deux bébés chinois dans une maternité le 1er décembre 2008 à Pékin
Deux bébés chinois dans une maternité le 1er décembre 2008 à Pékin — FREDERIC J. BROWN AFP

Les entreprises chinoises proposant des produits pour nourrissons ont déjà vu leurs titres s'envoler en bourse ou se frottaient les mains vendredi après l'abandon de la politique de l'enfant unique --même si certains experts tempéraient l'ampleur de l'impact à attendre sur leurs ventes.

La chef d'entreprise Liang Yan en est persuadée: l'assouplissement du contrôle des naissances dévoilé jeudi en Chine, autorisant tous les couples à avoir deux enfants, sera bon pour ses affaires.

Son vaste magasin Little Angel (Petit ange), dans la province du Shanxi (nord), vend du lait infantile et des vêtements pour bébés. Mais le ralentissement économique et la conjoncture morose incitent les parents à limiter leurs achats: elle a dû cette année fermer deux autres boutiques qu'elle dirigeait.

«Plus de bébés, cela signifie une demande accrue, et davantage de clients», se réjouit-elle.

«Qui sait ce que les gens pensent maintenant de ce changement de politique ? Mais après quelques années, nos ventes devraient pouvoir bondir», assure-t-elle.

Un enthousiasme partagé par certains fabricants de produits pour nourrissons. Et nombre d'investisseurs ont eu le même raisonnement, plébiscitant vendredi sur les Bourses de Shanghai et Shenzhen les valeurs de sociétés susceptibles de profiter d'un sursaut de la natalité.

Beingmate Baby and Child Food a ainsi vu son titre s'envoler en clôture de 10%, la limite maximale autorisée... alors que la société avait pourtant dévoilé une perte nette de quelque 100 millions de yuans (14,3 millions d'euros) sur le premier semestre.

Le fabricant de couches C&S Paper a lui aussi bondi de 10%, tandis que Bright Dairy and Food, qui produit des laits infantiles, a grimpé de 4,12%.

Les firmes de divertissement n'étaient pas en reste: l'action de Guangdong Alpha Animation and Culture, entreprise du sud de la Chine produisant des films d'animation et des jouets, a monté de presque 8%.

Certes, il faudra du temps pour que des effets soient perceptibles sur la population en âge de travailler --et de consommer--, «mais en attendant, les entreprises de biens de consommation profiteront du regain des naissances attendu dans les prochaines années», faisait valoir dans une note Media Eghbal, analyste du cabinet Euromonitor International.

- Emballement prématuré ?-

Des analystes chinois mettaient toutefois en garde contre un éventuel emballement spéculatif, alors que l'ampleur des répercussions de ce revirement de la planification familiale demeure incertaine.

«Le marché spéculait sur le sujet depuis des années, et il est bien difficile de se prononcer sur l'impact réel que ce changement aura pour les ventes des entreprises», indiquait à l'AFP Zhang Qi, du courtier Haitong Securities.

Car les restrictions et amendes liées au contrôle des naissances ne sont pas, de loin, l'unique facteur qui dissuadait les couples chinois d'avoir un second enfant: le renchérissement incessant du coût de la vie --logement et éducation surtout-- devrait empêcher tout baby-boom spectaculaire.

Bref, «le changement de politique pourrait ne pas avoir d'effet aussi massif sur le nombres des naissances, car c'est dur de renverser les structures démographiques», prévenait M. Zhang.

Dès jeudi cependant, l'annonce historique du Parti communiste avait ému les marchés occidentaux.

Le français Danone, le suisse Nestlé ou encore l'américain Mead Johnson Nutrition, fabricants de lait en poudre et de petits pots, avaient grimpé en Bourse, les investisseurs misant sur une embellie de leurs affaires en Chine.

Les laits infantiles étrangers y sont très recherchés par les familles, inquiètes de la qualité des produits locaux après un retentissant scandale de lait frelaté à la mélamine en 2008.

Et jusqu'à Disney qui se félicitait vendredi du virage décidé par Pékin, le géant américain des médias et du divertissement jugeant que cette fin de la politique de l'enfant unique intervenait «à point nommé» avant l'ouverture de son parc Disneyland à Shanghai.

«Evidemment, les enfants c'est une bonne chose pour Disney», a commenté lors d'une conférence de presse à Shanghai le PDG du groupe Robert Iger.

L'ouverture du Disneyland Shanghai est prévue courant 2016. D'un coût de 5,5 milliards de dollars, il s'agit du premier parc Disney en Chine continentale, où l'Américain espère séduire une classe moyenne en plein essor après avoir déjà diffusé dans le pays des films et des franchises populaires.