Alliance Nissan-Renault: Emmanuel Macron recadre Calos Ghosn

INDUSTRIE Macron rejette fermement un « rééquilibrage» des pouvoirs en faveur de Nissan

C.P. avec AFP

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Le Pdg de Renault Carlos Ghosn (g) et le ministre de l'Economie Emmanuel Macron devant une Renault Traffic lors de l'inauguration d'un nouveau site de production le 30 septembre 2014 à Sandouville
Le Pdg de Renault Carlos Ghosn (g) et le ministre de l'Economie Emmanuel Macron devant une Renault Traffic lors de l'inauguration d'un nouveau site de production le 30 septembre 2014 à Sandouville — Charly Triballeau AFP

Le ton est encore monté d’un cran ce vendredi entre l’Etat actionnaire et la direction de l’Alliance Renault-Nissan. Alors que des rumeurs enflent depuis le début du mois sur un projet de révision le pacte d’actionnaire entre Renault et Nissan pour contrer la montée de l’Etat au capital de Renault, Bercy tape du poing sur la table.

« La priorité n’est pas de changer la gouvernance »

« C’est un sujet d’actionnaire, qui ne relève pas d’un comité exécutif et qui ne saurait être prisonnier des problèmes d’ego. Ceux qui proposent un rééquilibrage des pouvoirs avec un agenda caché prennent le risque d’abîmer l’alliance », prévient Emmanuel Macron dans un entretien publié ce ce vendredi dans Les Echos.

Et de rappeler que M. Ghosn « est PDG, pas actionnaire, de même que je représente l’actionnaire et n’ai pas vocation à interférer dans la gestion de l’entreprise. Quand les uns veulent faire le métier des autres, cela ne donne jamais de bons résultats ».

Coup de froid depuis avril

Les tensions entre le gouvernement et le PDG de l’Alliance Renault-Nissant Carlos Ghosn avaient déjà connu un pic en avril dernier avant l’assemblée générale du groupe au losange, quand l’Etat était monté - temporairement selon lui - de 15 à 19,7 % du capital de l’ex-Régie pour imposer l’application de la « loi Florange » qui récompense les actionnaires de long terme par des droits de vote double.

Elles sont remontées d’un cran depuis le début du mois à la suite d’informations de presse faisant état d’une volonté du constructeur japonais Nissan, également présidé par Carlos Ghosn, de peser davantage dans le capital de son partenaire français pour contrer l’influence renforcée de l’Etat français.

« Ma volonté c’est que Renault réussisse avec l’Alliance ; son avenir se construit avec Nissan. La priorité n’est pas de changer la gouvernance mais de se concentrer totalement sur la réussite industrielle du groupe, de réussir la course aux volumes et à l’innovation », a affirmé Emmanuel Macron.

Le ministre a rejeté l’idée de revenir sur l’accord-cadre de 2002 « qui définit parfaitement les relations entre Renault et Nissan » selon lui. Les deux parties sont liées par des participations croisées : Renault détient 43,4 % de Nissan, et ce dernier 15 % du français.

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« L’Etat n’est pas un actionnaire naïf, de seconde catégorie »

Cependant, au titre de règles sur « l’autocontrôle » - aux termes du code du commerce français, une société en contrôle une autre lorsqu’elle détient au moins 40 % de ses parts -, les parts de Nissan ne lui confèrent pas de droit de vote à l’assemblée générale des actionnaires de Renault.

Ces dernières semaines, les rumeurs ont enflé sur la possibilité que Renault passe sous la barre des 40 % de Nissan, afin de débloquer les droits de vote du Japonais chez Renault, voire que Nissan monte au capital de son partenaire pour contrer l’influence de l’Etat.

Bien qu’il n’ait pas voix au chapitre chez Renault, Nissan « pèse » aujourd’hui 42 milliards d’euros en Bourse, contre 17,6 milliards pour l’entreprise française, avait relevé mercredi le cabinet d’analystes Invest Securities.

Convergenge de vision industrielle

Un rééquilibrage qu’Emmanuel Macron a rejeté dans cet entretien. « Il serait contreproductif d’aborder le sujet par la préservation d’équilibres passés, comme cela est affiché aujourd’hui », a-t-il prévenu.

Tout en assurant qu'« avec Carlos Ghosn nous avons une vraie convergence de vues quant à la vision industrielle et le sens de l’histoire : c’est de plus intégrer les deux entités », le patron de Bercy a semblé multiplier les mises en garde vis-à-vis du dirigeant d’entreprise.

« L’Etat n’est pas un actionnaire naïf, de seconde catégorie. L’Etat est un investisseur de long terme, exigeant », a-t-il ainsi affirmé.