Darty se donne jusqu'au 11 novembre pour se prononcer sur l'offre de la Fnac

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Semaine décisive pour le projet de rachat de Darty par la Fnac
Semaine décisive pour le projet de rachat de Darty par la Fnac — Jean-Pierre Muller AFP

Darty a décidé de se donner un délai supplémentaire de deux semaines pour se prononcer sur l'offre de rachat de la Fnac, espérant la voir «améliorée» par un paiement en espèces et obtenir des précisions quant au projet final du groupe d'Alexandre Bompard.

Le conseil d'administration du distributeur d'électroménager, coté à Londres, a indiqué lundi dans un communiqué qu'il prolongeait jusqu'au 11 novembre sa période d'examen de l'offre.

Il devait initialement faire connaître sa position avant le 28 octobre à 18H00, date-limite à laquelle la Fnac devait soit déposer une offre ferme de rachat -amicale en cas de recommandation positive du conseil d'administration de Darty, hostile en cas de rejet- soit renoncer à son projet.

Contactée par l'AFP, la Fnac a simplement indiqué lundi avoir «pris bonne note du communiqué de Darty». Le groupe déclare «rester convaincu du potentiel que représente le rapprochement entre les deux enseignes et de l'attractivité de son offre».

Le conseil d'administration de Darty va mettre à profit ce délai pour se pencher notamment «sur l'opportunité d'introduire un paiement en espèces dans la transaction».

Le 30 septembre, la Fnac avait proposé un rachat de Darty uniquement par un échange de titres, à hauteur d'«une action Fnac pour 39 actions Darty».

Cela valorisait Darty à environ 533 millions de livres, soit 720 millions d'euros.

Mais les actionnaires anglais se montrent en général peu friands des opérations en échange de titres, surtout si ceux-ci sont cotés à Paris et en euros, leur préférant bien souvent du numéraire.

Le conseil d'administration voudrait également obtenir «une compréhension détaillée des synergies attendues d'un rapprochement entre Fnac et Darty», et des précisions quant à la «faisabilité de la transaction» et «la protection des intérêts de Darty», selon le communiqué.

En clair, le groupe s'inquiète des éventuelles conséquences sociales d'un tel rapprochement et des possibles cessions de magasins qui pourraient être demandés par les autorités de la concurrence belge et française.

La Fnac a jusqu'ici simplement indiqué vouloir «maintenir deux réseaux de magasins distincts pour la Fnac et Darty», c'est-à-dire de conserver les deux enseignes, sans donner davantage de détails.

Le groupe indique également que l'opération présenterait un «potentiel de synergies très significatif». Selon un rapport Ernst & Young rendu public dimanche, la Fnac chiffre à 85 millions d'euros le montant des économies annuelles attendues à la suite du rachat, alors que les coûts non-récurrents nécessaires à la mise en œuvre de ces synergies sont, eux, «estimés à environ 65 millions d'euros».

Près de la moitié des économies identifiées «devraient provenir de synergies d'achat», notamment sur les produits d'électronique grand public et de petit électroménager.

L'autre moitié devrait provenir notamment «de l'optimisation de la logistique et du transport, de l'intégration de certaines fonctions support au niveau des sièges au Royaume-Uni, en France et en Belgique».

Ces éléments commencent à faire réagir les syndicats de deux groupes qui craignent des «départs de salariés au passage». Donc, «des inquiétudes, forcément on peut en avoir, mais c'est un peu tôt puisque rien n'est fait», a réagi André Chapuis (CGT Fnac).

La Fnac a déjà annoncé dimanche avoir reçu l'engagement irrévocable du premier actionnaire de Darty avec 14,34% du capital, le fonds Knight Vinke Asset Management, ainsi qu'une lettre d'intention de soutien de DNCA Finance (9,3% du capital).

Mais ces éléments semblent à l'heure actuelle n'avoir guère convaincu les membres du conseil d'administration de Darty.

Ils indiquent que «dans l'hypothèse où le conseil d'administration» de Darty «ne serait pas en mesure d'atteindre un accord» avec Fnac, ils restent «confiants dans la qualité et l'engagement des employés, ainsi que dans la capacité du management à poursuivre la mise en œuvre de la stratégie en tant que société indépendante et à créer ainsi de la valeur pour les actionnaires».

La Fnac, qui compte 184 magasins, dont 111 en France, a dégagé en 2014 un bénéfice net de 41 millions d'euros, pour un chiffre d'affaires de 3,89 milliards (-0,3%). Le groupe compte 14.500 collaborateurs, à 61% en France.

Darty possède, lui, 400 magasins dont 222 en France, et renoué avec les bénéfices l'an dernier, avec 13,8 millions d'euros de résultat net pour des ventes de 3,51 milliards (+3,2%). Il emploie environ 12.600 personnes en France et à l'étranger.