Qui était Pierre Berger, le patron d'Eiffage décédé à 47 ans?

ENTREPRISE Ce polytechnicien et ingénieur des Ponts et Chaussées avait suivi un parcours inhabituel dans le monde très codifié du BTP...

Romain Scotto

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Pierre Berger, le PDG du groupe Eiffage, le 3 décembre 2014, à La Défense
Pierre Berger, le PDG du groupe Eiffage, le 3 décembre 2014, à La Défense — Patrick Kovarik AFP

Pierre Berger, patron d’Eiffage décédé à 47 ans d’une crise cardiaque dans la nuit de jeudi à vendredi, était un ingénieur surdoué, au profil atypique, qui a rapidement gravi les échelons dans un secteur du bâtiment qu’il connaissait de près. Pierre Berger avait été nommé PDG d’Eiffage, numéro trois du BTP en France, en août 2012, un an et demi après son arrivée dans le groupe en tant que directeur général délégué, et après un bref passage à la direction générale.

Polytechnicien et ingénieur des Ponts et Chaussées, M. Berger a suivi un parcours inhabituel dans le monde très codifié du BTP, en refusant de devenir fonctionnaire au terme de ses études, préférant créer sa propre entreprise, Sigmatec Ingénierie. Ce père de trois enfants, diplômé du baccalauréat à 15 ans, fait prospérer son cabinet d’études qui est absorbé par une PME, Ménard Soltraitement. Il contribue à la vendre à Freyssinet, une filiale de Vinci spécialisée dans les grands travaux à l’étranger.

Amateur d’architecture et de jardins méditerranéens

« Mon meilleur souvenir c’est encore aujourd’hui mon premier contrat, d’un montant de 6.000 francs, pour un calcul de support d’avions », confiait lors de son arrivée chez Eiffage cet amateur d’architecture et de jardins méditerranéens dont il s’occupait dans sa propriété de Provence. Chez Vinci, géant du BTP et des concessions, son ascension rapide le conduit à la présidence de Vinci Construction Grands projets et au comité exécutif en 2005. Mais sa carrière est freinée au début de l’année 2010 quand des barons du groupe lui reprochent sa gestion de certains chantiers et une parole parfois trop libre.

Il rebondit chez Eiffage, où le charismatique fondateur du groupe, Jean-François Roverato, patron tout-puissant depuis 35 ans, en fera son dauphin. Bâti en athlète (il avait participé à la course du Viaduc de Millau, l’une des réalisations majeures du groupe), en raison de sa pratique assidue du tennis, du vélo et du ski, Pierre Berger, doté d’un sourire chaleureux, était apprécié des principaux actionnaires du groupe (l’Etat et les salariés).

A l'origine du Grand Stade de Lille

Côté syndical, les points de vue sur son action sont divergents : si Philippe Luppo, coordinateur CFDT du groupe Eiffage, salue « l’homme qui a su succéder à Jean-François Roverato », Jean-Claude Saillard (CGT), de la branche Energie du groupe, lui reproche des manques dans le dialogue social régnant à Eiffage, qui est détenu à hauteur de 24,3 % par ses salariés. M. Berger partageait avec M. Roverato, actuellement président non exécutif du groupe, le goût du terrain.

« La stratégie, c’est bien, mais je fais partie des hommes qui pensent que le métier de base dans le BTP, c’est l’acte de construire. Et quand on va sur le terrain, on découvre des sources phénoménales de productivité et de progrès dans l’organisation », indiquait-il en 2013 au journal Les Echos. A la direction générale, M. Berger avait réussi à livrer à temps (mi-2012) l’ultramoderne Grand Stade de Lille (50.283 places), le premier en France construit selon la formule du partenariat public privé (PPP) et à disposer d’un toit rétractable.