Pétrole: les pays du Golfe «en position de force» pour s'adapter aux prix bas

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Le directeur du FMI pour le Moyen-Orient et l'Asie centrale, Massoud Ahmed,le 4 mai 2015 à Dubaï
Le directeur du FMI pour le Moyen-Orient et l'Asie centrale, Massoud Ahmed,le 4 mai 2015 à Dubaï — KARIM SAHIB AFP

Les monarchies du Golfe doivent prendre «des mesures significatives et durables» pour s'adapter aux prix bas du pétrole et sont «en position de force» pour le faire grâce à leurs importantes réserves financières, estime le Fonds monétaire international (FMI).

Dans ses prévisions régionales publiées mercredi, le FMI recommande notamment aux pays du Golfe de réduire le poids de leur secteur public et diversifier leurs sources de revenus.

«Ils doivent (...) équilibrer leurs dépenses en fonction de la nouvelle réalité des prix pétroliers», a expliqué à l'AFP à Dubaï le directeur du FMI pour le Moyen-Orient et l'Asie centrale, Massoud Ahmed, pour lequel la baisse du prix du pétrole devrait perdurer à moyen terme.

Selon M. Ahmed, les budgets des pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG - Arabie saoudite, Bahreïn, Emirats arabes unis, Oman, Qatar et Koweït) devraient connaître cette année un déficit moyen de 13% de leur PIB.

Sur les cinq prochaines années, le montant combiné de ces déficits devrait dépasser les 1.000 milliards de dollars, à cause de la baisse à 50 dollars du prix du baril (contre 115 dollars en juin 2014) sous l'effet d'une abondance de l'offre et d'une faible demande, a-t-il ajouté.

Pour 2015, le FMI prévoit une croissance de 3,25% des économies du CCG et de 2,75% en 2016, contre 3,5% en 2014.

«La plupart des gens croient aujourd'hui que les prix du pétrole vont remonter un peu (...) Mais d'ici 2020, on s'attend à des prix d'un niveau comparable à celui des années 1960 plutôt qu'à celui des dernières années», a souligné M. Ahmed.

«Cela signifie que la plupart de ces pays doivent prendre, au niveau fiscal, des mesures significatives et durables d'ajustement», a-t-dit.

Au niveau des dépenses publiques, M. Ahmed juge nécessaire de réduire les subventions et la masse salariale des employés d'Etat.

«La plupart des nationaux dans les pays du CCG travaillent dans le secteur public et ce modèle doit changer dans les prochaines années», a indiqué Massoud Ahmed.

Il a vu «un bon exemple» dans la récente décision des Emirats de lever les subventions sur les carburants. Le Koweït a réduit les subventions sur le diesel et le kérosène et d'autres pays du Golfe envisagent de s'attaquer au problème des subventions.

Les dépenses publiques doivent également être modérées en mettant l'accent sur l'efficacité, a-t-il estimé, en notant que, déjà, certains projets ont été stoppés ou remis à plus tard.

- Envisager la TVA -

Concernant la diversification des sources de revenus, M. Ahmed a recommandé l'introduction de la TVA dans ces pays à faible taux de taxation.

«Plusieurs des pays du CCG envisagent cette possibilité pour avoir des sources de revenus en dehors du pétrole», a-t-il dit. «Il y a des choix difficiles à faire mais il est important que chaque pays définisse ce qu'il y a à faire (...) et dresse des plans à moyen terme».

La plupart des économies du Golfe ont la capacité de s'adapter à la nouvelle réalité du marché pétrolier grâce à leurs réserves financières.

«Les pays du CCG ont très intelligemment accumulé des réserves financières lorsque le pétrole était à la hausse. Cela les met aujourd'hui en bonne position pour absorber le choc de la baisse des prix».

M. Ahmed a par ailleurs estimé que ces pays devraient utiliser ces réserves pour «s'adapter par étapes et en prenant le temps qu'il faut».

«Ce sont des économies solides ayant beaucoup de réserves et la capacité d'aller emprunter sur le marché financier, ce qui les met en position de force», a conclu le responsable du FMI.